Il nous a aidés à être des hommes et des femmes qui cherchent

Colloque à l'Unesco, 1964

Article écrit par Jean Tonglet, volontaire permanent d’ATD Quart Monde.

Il nous a aidés à être des hommes et des femmes qui cherchent : Hommage à Christian Debuyst.

Dans une lettre adressée le 8 mars 1965 à Alwine de Vos van Steenwijk, Joseph Wresinski écrivait :

« Les jeunes auront à étudier, il faudra toujours recommencer à comprendre. Ce n’est pas avec le cœur et les études d’hommes du passé, que les volontaires de demain se battront aux côtés des pauvres… Je crois que Labbens et Debuyst peuvent le comprendre. Ils ne nous enseignent pas, ils nous aident à être des hommes qui cherchent… »

Christian Debuyst, psychologue, criminologue et juriste, professeur émérite à l’Université de Louvain, compagnon de route du Mouvement ATD Quart Monde depuis le début des années 60, nous a quittés ce 30 juin 2021, dans sa 95ème année.

Il était un des 19 membres fondateurs de l’ASBL ATD Quart Monde Belgique, créée il y a 50 ans, le 23 juin 1971.

Travaillant sur les questions de la délinquance juvénile et ses causes, il participe en 1961 au premier Colloque sur les familles socialement inadaptées, organisé par ATD Quart Monde au siège de l’Unesco à Paris. Conquis par la personnalité de Joseph Wresinski, il accepte d’animer le groupe d’étude au terme de ce Colloque. Pendant 8 ans il va faire équipe avec un autre universitaire, Jean Labbens, professeur de sociologie à l’Université catholique de Lyon (UCLY). À la demande de Joseph Wresinski, Christian Debuyst et Jean Labbens viendront régulièrement au Camp de Noisy-le-Grand pour guider les volontaires dans leurs recherches et leur apporter l’éclairage de la psychologie et de la sociologie.

Christian Debuyst fut ainsi l’un des tous premiers universitaires à donner du crédit aux intuitions de Joseph Wresinski, à une époque de solitude, de méfiance et d’hostilité.

À la suite de cette féconde collaboration avec ATD Quart Monde, Christian Debuyst créa, au sein du département de criminologie de l’Université de Louvain, un enseignement sur les familles sous-prolétariennes, qu’il donna lui-même jusqu’en 1990, contribuant à sensibiliser de nouvelles générations de chercheurs à la réalité de l’exclusion sociale.

  • En 2010, lors d’une conférence donnée à l’Université pontificale Grégorienne à Rome, il confiait aux étudiants présents qu’il s’était « rendu compte, déjà bien avant cette date, qu’il s’agissait d’un thème qui, sans doute, avait valablement été pris en compte durant ces années 60-70, mais qui devait être entièrement repensé en fonction des situations nouvelles. Il était à reprendre à partir d’autres intuitions et d’autres outils que ce qui avait été dit et qui était en quelque sorte devenu un lieu commun. »

Le réjouissait dès lors la présence à cette même conférence, de Françoise Digneffe, qui lui avait succédé à la direction du département de criminologie de l’Université de Louvain :

  • « Il y a eu effectivement un dépassement de ces vues auquel je n’ai pas participé. Il s’est traduit par la volonté et les efforts faits pour intégrer d’une manière directe la population quart-monde dans le programme « Quart Monde Université » qui a permis le développement de ce qu’on appelle maintenant le “croisement des savoirs”.« 

« C’est, poursuivait-il, un prolongement en même temps qu’un changement de direction auquel a participé plus directement ma collègue Françoise Digneffe. »

C’est donc avec émotion et reconnaissance que nous saluons cet ami fidèle.


 

Publications

On retrouvera plusieurs écrits de Christian Debuyst dans diverses publications du Mouvement  ATD Quart Monde :

– « Nouveaux aspects de la famille »

– Cours publics 1961-1962 « Éléments d’une analyse psychologique des familles inadaptées ».

– Cours publics 1962-1963 « Promotion sociale de la famille inadaptée, principes psychologiques ».

– Dans la revue Igloos, n° 65-66 (février 1972) : « La jeune fille du Quart Monde ne sait pas qui elle est » (Cours public 1970-1971).

– Dans la revue Igloos, n° 69-70 (automne 1972) : « Des jeunes s’expliquent avec un psychologue sur le rôle de la police ».