Des parlementaires proposent à nouveau de passer les menottes aux squatteurs d’immeubles inoccupés

Un SDF qui se débrouille pour avoir un toit sur la tête, risque jusqu’à un an de prison.
Chaque soir, avec les habitants du quartier, j’applaudis le personnel médical et tous ceux qui par solidarité s’exposent pour aider les plus vulnérables. Et les personnes vivant dans la pauvreté figurent parmi ceux-là.
J’ai également applaudi le Gouvernement quand il a débloqué plusieurs centaines de milliers d’euros pour l’accueil des sans-abri, même si ce montant est dérisoire. Même si ce geste aurait dû être fait depuis longtemps, indépendamment de la crise. Une des premières responsabilités d’un Etat n’est-elle pas d’assurer à chacun un logement décent ?
Puis, j’ai appris que dans le creux du confinement, le 16 avril pour être précis, une proposition de loi visant à criminaliser les squatteurs d’un immeuble inoccupé avait été déposée au Parlement fédéral. Étrangement, ce dépôt n’a soulevé aucun commentaire, et pourtant, à mes yeux, la proposition est indécente par les temps qui courent, même si ses auteurs la présentent comme un simple toilettage.

De quoi s’agit-il ?

Le 18 octobre 2017, c’est-à-dire le lendemain de la journée mondiale de lutte contre la pauvreté, comme pour y faire écho, le Parlement votait une loi permettant de poursuivre pénalement les squatteurs d’un immeuble inoccupé. Seraient-ils vraiment dangereux, les sans-abri qui essayent d’échapper à l’enfer de la rue en squattant un immeuble abandonné ? Ils dérangent quand ils sont à la rue, bien visibles, occupés pour certains à mendier, puisque de nombreuses villes continuent à sanctionner la mendicité malgré l’abrogation de la loi réprimant le vagabondage. Mais dérangeraient-ils encore plus quand ils se débrouillent pour avoir un toit sur la tête, au point de risquer jusqu’à un an de prison ?
Pourtant, nous vivons dans un pays qui par sa constitution garantit à chacun le droit à un logement décent. En bonne logique, ce serait au pays qui ne respecte pas ses obligations de se retrouver sur le banc des accusés.
Plusieurs associations citoyennes sont alors montées au créneau et ont déposé un recours devant la Cour constitutionnelle qui leur a donné raison sur un point : le Procureur du Roi n’est pas un juge indépendant et ce n’est pas à lui d’ordonner une expulsion.
Qu’à cela ne tienne, des parlementaires récidivent et déposent une nouvelle proposition identique à une nuance près : ce n’est plus le Procureur qui peut prendre une ordonnance, mais c’est le juge d’instruction.

“Vous avez fait de nous des mendiants, aujourd’hui, vous faites de nous des criminels.”

Mais qu’importent les subtilités juridiques. Faire d’un sans-abri qui essaye de se débrouiller, un criminel est en soi intolérable. À l’intolérable, ces représentants du peuple ajoutent l’indécence en proposant une telle mesure en cette période où de plus en plus de personnes risquent de se retrouver à la rue. En fait, ils préfèrent passer les menottes alors que plus que jamais on parle de se serrer les coudes. Comme s’ils n’avaient rien compris aux enjeux de la crise !
J’en appelle à tous les citoyens et à toutes les associations citoyennes, pour qu’ils fassent comprendre ces enjeux aux parlementaires qui auront prochainement à se prononcer sur cette proposition.
Avec une clairvoyance extraordinaire, cette dame qui vit depuis très longtemps dans la pauvreté, disait il y a déjà quelques années : vous avez fait de nous des mendiants, aujourd’hui, vous faites de nous des criminels.
Je refuse qu’un Etat flique les plus vulnérables parce que leur liberté est également la mienne, parce que ma liberté ne peut se fonder sur leur enfermement.
Ensemble, nous pouvons construire une société où nous sommes tous libres de parler et de croire, libérés de la terreur ou de la misère, ainsi que nous y invite le Préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Georges de Kerchove
Membre de l’équipe nationale du Mouvement ATD Quart Monde en Belgique