Couleur d’une action : les Maraudes

Depuis octobre 2020, ATD Quart Monde a lancé une action Maraudes menée par Asia, volontaire permanente. Elle nous raconte son expérience en pleine crise du coronavirus.

” Je m’appelle Asia. Je suis une volontaire permanente. En arrivant à Bruxelles il y a presque deux ans, l’équipe nationale m’a demandé de faire du bénévolat dans le resto social « Nativitas ». J’y vais deux fois par semaine et pendant le premier confinement, j’y allais tous les jours. En y allant régulièrement, ça m’a permis de faire des liens avec les gens et la plupart d’entre eux étaient des habitants de la rue. Depuis quelques mois, j’ai souhaité aller à la rencontre de gens là où ils habitent, c’est-à-dire, dans la rue. Depuis octobre, j’ai commencé les Maraudes soit avec Emma soit avec Mathieu pendant la journée.

Quelques semaines plus tard, nous avons commencé à faire des maraudes de nuit pendant le couvre-feu avec Jonas et Matthieu. Lors de ces rencontres nous apportons un thé chaud, ce qui nous permet d’échanger avec les habitants de la rue. Nous avons une attestation pour pouvoir nous déplacer après 22h00. Nous nous faisons contrôler assez régulièrement par la police.

Le but de ces rencontres est de parler avec les gens là où ils habitent pour connaître leur réalité, les écouter et pour voir ce qui est possible de faire dans l’avenir. Je voudrai également montrer le vrai visage de la vie dans la rue, dans le respect de chacun. J’apprends que les gens ont vraiment besoin de s’exprimer et d’être entendu même si souvent ils nous demandent si nous n’avons pas de vêtements, quelque chose à manger ou des couvertures. Nous prenons du temps pour leur expliquer pourquoi nous sommes là. Ce n’est pas toujours très évident mais nous avons toujours des rencontres très enrichissantes.

Ce que je découvre c’est que vivre dans la rue c’est très dur. Parfois ils sont à 2-3 ou plus, parfois ils sont seuls, la plupart sont des hommes mais il y a aussi des femmes. Il faut se débrouiller pour trouver un endroit pour dormir, manger, cacher ses affaires, se protéger du froid. Il nous est arrivé de découvrir qu’il y a des gens qui n’ont même pas de couverture pour se protéger du froid la nuit. C’est scandaleux ! Pendant le confinement, j’ai eu l’impression qu’ils étaient oubliés par le gouvernement. Ils ne parlent pas une seule fois des habitants de la rue pendant leur conférence quand ils annoncent les mesures liées à la crise sanitaire, comme s’ils étaient invisibles. Lors des maraudes de nuit, j’ai été frappée par la sensation de rentrer dans leur intimité encore plus que pendant la journée. Tu es dans la rue et tu as l’impression de rentrer chez quelqu’un alors que de nombreux logements restent vides. C’est révoltant et honteux ! Chaque personne qui vit dans la rue est l’égal de tout autre être humain et de ce fait a le droit d’être protégé. “