Couleur d’un engagement : Vincent, militant Quart Monde

Vincent est militant Quart monde depuis plus de 40 ans. Il nous raconte son expérience.

J’ai connu ATD Quart Monde à l’âge de 12 ans lors d’une sortie culturelle qu’organisait le Mouvement. Les familles militantes à ATD Quart Monde avait le droit d’inviter une autre famille et je faisais parti des invités. Je venais d’une famille pauvre et j’étais persuadé qu’on était les seuls à être différent, à être exclus parce qu’on avait pas les mêmes affaires, les mêmes moyens. Puis j’ai participé au groupe Tapori (c’est un groupe du Mouvement pour les jeunes enfants) et grâce nos rencontres j’ai compris qu’on était pas seuls, j’ai rencontré d’autres jeunes qui venaient d’autres familles qui connaissaient eux-mêmes la pauvreté. J’ai compris qu’il fallait qu’on soit ensemble pour lutter contre la pauvreté. Au fur et à mesure, j’ai rencontré des personnes qui m’ont poussé à aller plus loin, qui m’ont donné envie de combattre avec eux. Quand j’étais adolescent j’achetais pas des vêtements neufs mais d’occasion. Je préfère donner mon argent à des petits magasins de mon quartier plutôt qu’à des grands magasins qui ont déjà les moyens. Et depuis j’ai toujours fonctionné comme ça.

Après j’ai fait tout un chemin, j’ai commencé à participer beaucoup plus à la cellule, aux après-midi familiales avec mon fils. Le décès d’un militant Quart Monde de Liège, René Detriks, m’a beaucoup marqué. C’était quelqu’un de très engagé et depuis sa mort, je me suis juré de continuer son combat. Je me suis réellement senti militant dans les années 80 quand j’ai participé à l’Université Populaire et que j’en ai compris le sens : les paroles, les vécus, les expériences travaillés puis exprimés lors de l’UP servaient à être remonté plus haut, à montrer au grand jour le cercle vicieux de la pauvreté. Les familles ne sont pas coupables d’être pauvre. Jusqu’au dernier moment je lutterai contre. J’ai beaucoup appris. J’ai fait parti de plusieurs groupes de travail au sein du Mouvement. J’ai fait parti d’un groupe Agora, qui consistait à faire rencontrer des travailleurs sociaux, des Service de la Protection de la Jeunesse avec des personnes en situation de précarité. J’ai fait partie du croisement des savoirs en France et en Belgique.

Aujourd’hui je suis en mission de proximité. Depuis le premier confinement, je sais qu’il y a beaucoup de familles dans la détresse, qui ont peur, alors je vais quand même les voir. Je vais voir des personnes sans-abris, des familles isolées … J’essaie de garder contact avec chaque personne une fois par semaine avec ma compagne, Jessica. Garder le contact avec les plus démunis, c’est important. Je fais parti d’une chaîne de solidarité en quelque sorte, des personnes m’indiquent là où se trouvent des personnes isolées ou qui dorment dehors dans la rue, certaines personnes me donnent des affaires à leurs donner. Les 3/4 des personnes je les vois en extérieur. Je me protège, je me lave les mains et je mets un masque. Des fois je me dis que je suis un peu content que coronavirus est là car pour une fois les personnes riches vivent le même quotidien que nous, ils ne peuvent pas partir en vacances, ne pas sortir comme ils veulent et sont obligés de se restreindre. C’est dommage qu’il faut une épidémie pour s’en rendre compte. “