1.2 L’accès à la nature et aux espaces verts en Belgique

Voici un extrait du Rapport Durabilité & Pauvreté qui se concentre sur la différence d’accès aux espaces verts en Belgique. Les liens entre pauvreté et espaces verts sont nombreux, d’autres sous-parties de ce chapitre se concentrent sur la santé ou encore le droit à la nature et celui de la nature. La chapitre se termine sur des recommandations du Service de lutte contre la pauvreté.
Pour en découvrir plus, le rapport entier se trouve ici  (Le chapitre sur les espaces verts commence à la page 22 du rapport).

L’accès à la nature et aux espaces verts se décline sous différentes formes, qu’il convient de préciser avant d’analyser les obstacles pour y accéder.En outre, certaines évolutions tendent à diminuer le nombre d’espaces verts (disponibles) en Belgique ainsi qu’à renforcer les inégalités en matière d’accès à la nature. Il s’agit notamment de la bétonisation des espaces verts, de leur répartition sur le territoire, ainsi que de la privatisation de ceux-ci.

1.2.1 La nature sous toutes ses formes

Selon les participants à la concertation, l’accès à la nature se traduit en premier lieu par l’accès aux parcs et forêts ainsi qu’à des espaces verts de proximité, aménagés et sécurisés autour des habitations. L’importance d’avoir une cour ou un coin de pelouse pour permettre aux jeunes de jouer à l’abri de la circulation et de la rue a entre autres été mentionnée.

A une autre échelle, l’accès à la nature se traduit par la possibilité de verdir ses propres espaces de vie, dans son intérieur ou sur son balcon. La présence d’animaux de compagnie ou de fleurs a par exemple été pointée comme un lien important, parfois le seul possible, avec la nature. Quant au jardinage, il est notoirement reconnu comme répondant «au besoin d’un certain retour à la terre. Il permet particulièrement bien de ressentir les changements de saison et de s’accorder avec eux».

Derrière l’accès à la nature, c’est également le droit au repos et aux loisirs, particulièrement dans des milieux naturels, qui est en jeu.Le ressourcement en pleine nature, que les catégories plus aisées de la population vont parfois chercher à l’autre bout du monde, n’est pas accessible aux personnes en situation de pauvreté mais «[elles]aimeraient bien avoir un accès plus facile à la nature, même si ce n’est que pour une excursion d’une journée ou pour une semaine de vacances. Ça permettrait de se changer les idées et oublier un peu ses problèmes».

1. 2 .2 Obstacles dans l ’accès à la nature

De nombreux obstacles empêchent les personnes en situation de pauvreté de profiter de la nature et des espaces verts.

Premièrement, les personnes en situation de pauvreté n’ont souvent pas de jardin et ne peuvent majoritairement compter que sur les espaces verts présents dans l’espace public pour profiter de la nature.
Or, le coût d’une sortie au parc ou en forêt doit être évaluée en fonction du temps et de l’énergie dépensée alors que «les gens en situation de pauvretés ont occupés à survivre»: «quand on est dans le stress, on ne va pas penser à aller en forêt(…) Ce serait déjà un luxe de pouvoir s’occuper du travail, de la bagnole, des enfants. Tout le monde a plein de soucis». Pourtant, «Certaines personnes ne sont jamais parties en vacances de leur vie et quand elles ont la possibilité de partir juste un week-end, elles rapportent à quel point ça change les points de vue, les relations familiales,etc».

Il est pourtant essentiel pour les participants à la concertation de favoriser le contact avec la nature dès le plus jeune âge, surtout si les parents ne peuvent l’offrir, «car il permet un plus grand respect et un meilleur contact avec celle-ci lorsqu’on vieillit».

Le non accès à ces activités peut aussi découler de barrières sociales et du sentiment d’exclusion de certains endroits ou de certaines initiatives. Par exemple, «les jeunes disent: ‘on n’y va pas, car si on est trop nombreux, on fait peur, on nous repousse. Les gens disent qu’on fait trop de bruit, que nous sommes délinquants’».

Comme l’a résumé un membre d’une association où les personnes en situation de pauvreté se rassemblent, «d’un côté, il faut valoriser la nature, on en a besoin. De l’autre, on nous en empêche l’accès, comme si la nature appartenait à une petite minorité».

Par ailleurs, d’autres plaisirs simples en lien avec la nature sont souvent inaccessibles pour les personnes qui vivent dans la pauvreté. Ainsi, il est apparu lors de la concertation que beaucoup de logements sociaux souffrent d’une interdiction de placer des bacs à fleurs aux façades, de cultiver ses légumes sur son balcon, de créer un potager commun sur une partie des pelouses ou encore de posséder des animaux de compagnie.

Quant à aller vivre à la campagne, il s’agit d’une décision bien plus réalisable pour les familles disposant d’une voiture, ayant ainsi un accès aux différents biens et services: «il y a plus de verdure à la campagne, mais on hésite à y aller parce que les transports en commun, faire les courses, aller chez le médecin, c’est plus compliqué. C’est plus sain mais moins accessible».

Ce choix, qui est parfois motivé par la volonté de vivre plus proche de la nature, en est en réalité rarement un.

1.2.3 Bétonisation et étalement urbain

Les espaces verts sont, dans en Belgique comme ailleurs, de plus en plus menacés. En effet, «la Belgique arrive en tête des classements européens mesurant l’étalement urbain et la part du territoire artificialisé, derrière les Pays-Bas».

Les personnes en situation de pauvreté sont les premières à souffrir de ce phénomène de bétonisation, particulièrement dans les villes et lors des vagues de chaleur: «tout s’accroche sur le béton puis à la moindre pluie, cela se transporte partout. C’est aussi une pollution thermique: le béton garde la chaleur, ce qui est problématique notamment lors de canicules ».

1.2.4 Répartition des espaces verts et problèmes de mobilité

La jouissance des espaces verts est, en Belgique, très inégalement répartie. Dans un quart des plus grandes communes de Belgique, 50 % de la population n’a pas accès à au mois 5 ha d’espace vert urbain.

Ces inégalités fortes entre communes se retrouvent également à Bruxelles. En effet, si la ville se targue de compter plus de 8000 hectares d’espaces verts, 70% d’entre eux se trouvent en périphérie contre seulement 10% en centre-ville.

Sans surprise, «les quartiers les moins pourvus en espaces verts publics sont aussi souvent dépourvus de jardins privés». Privée d’espaces verts et de nature ‘de proximité’, la population, principalement des grands centres urbains du pays, doit donc se déplacer pour y accéder.

Aussi les questions de mobilité sont-elles au centre des difficultés d’accès à la nature pour les personnes qui vivent en situation de pauvreté.
En effet, celles-ci ne peuvent notamment pas «se permettre [financièrement] de prendre le métro pour aller au bois».
Une participante d’une association dans laquelle les pauvres prennent la parole raconte que chez elle, «il faut faire 3km en bus pour accéder à la première verdure, mais pour certains, c’est beaucoup plus loin».

Notons que des initiatives existent et pourraient davantage être mises en place pour améliorer l’accessibilité des espaces verts. Un participant à la concertation a ainsi évoqué l’initiative ‘Opération TER’ menée dans le nord de la France : chaque année, plusieurs week-ends durant l’été, cette mesure permet à des dizaines de milliers de personnes de voyager en train vers la mer ou la campagne, pour la somme de deux euro.

1.2.5 Privatisation

Les inégalités d’accès à la nature sont renforcées par un autre phénomène: la privatisation de l’espace public en général, et des espaces verts en particulier.
«Combien de nature reste accessible? Il y a des barbelés partout»; «C’est fou car on s’approprie les terrains, il n’y a plus un mètre carré qui n’est pas à quelqu’un. On ne peut même plus utiliser un bout de trottoir, ni une source, ni un carré d’herbe, tout est bouffé, approprié».

Dès lors, pour les personnes en situation de pauvreté, «la nature dans les grandes villes, ça ne représente pas grand-chose: un bout de verdure au milieu des gaz d’échappement».

Malgré tout, de nombreuses initiatives fleurissent pour ramener la nature en ville et pour permettre un accès par tous à celle-ci. Plusieurs exemples de partenariats gagnants ont été donnés lors de la concertation, que ce soit la création d’un terrain de pétanque géré par les citoyens sur une propriété d’une commune, l’ouverture d’un jardin alimentaire sur un ancien terrain de football par l’ASBL La Rochelle ou les activités nature organisées par l’association ATD Quart-Monde.

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