Chaque année, ATD Quart Monde en Belgique participe, avec un groupe de militants francophones et néerlandophones, aux concertations organisées par le Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale. Tous les 2 ans, les concertations aboutissent à un rapport sur un thème dont notre Mouvement est co-auteur. En décembre 2025 est sorti le rapport intitulé « L’humain comme boussole dans les services publics ».
Voici l’introduction du rapport, écrite par l’équipe du Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, qui en explique la démarche :
« Lors de sa création, le Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale s’est vu confier – en tant qu’institution publique, interfédérale et indépendante – la mission d’organiser une concertation structurelle sur la lutte contre la pauvreté et les politiques en la matière, en collaboration avec les personnes en situation de pauvreté, leurs associations et réseaux, ainsi qu’une diversité d’acteurs. Les analyses et recommandations issues de cette concertation sont publiées dans les Rapports bisannuels du Service, qui sont transmis aux différentes autorités du pays afin de contribuer au débat et à l’action politiques.
Pour le Rapport 2024-2025, la Commission d’accompagnement du Service a choisi la thématique des services publics. En optant pour ce thème, tel qu’en 2014-2015, les membres de la Commission d’accompagnement ont souhaité insister une nouvelle fois sur l’importance cruciale et le rôle essentiel des services publics dans la lutte contre la pauvreté et la précarité. Cet aspect avait déjà été souligné dans l’Accord de coopération relatif à la continuité de la politique en matière de pauvreté qui a donné naissance au Service en 1999.
L’année dernière, dans la déclaration de La Hulpe sur l’avenir de l’Europe sociale (adoptée sous la présidence belge de l’UE), ce rôle social crucial des services publics a été réaffirmé par l’UE : « Les systèmes de sécurité sociale inclusifs et l’accès à des services publics abordables et de qualité ont joué un rôle essentiel dans l’atténuation des conséquences des crises [passées] (…). Les services publics (…) sont essentiels à la cohésion sociale et territoriale (…) ».
Ce treizième Rapport est également l’occasion d’examiner les évolutions auxquelles les services publics ont été confrontés ces dernières années. Des évolutions qui exercent une forte pression sur ces services, avec des effets négatifs sur ceux-ci et sur les possibilités de réalisation des droits. Les associations et réseaux de lutte contre la pauvreté ont aussi demandé qu’une attention particulière soit accordée à la digitalisation de notre société, qui a eu un impact énorme sur les services publics ces dernières années, en raison du développement de divers canaux d’information et de contact numériques, mais aussi de la disparition de nombreux guichets et possibilités de contact humain.

Le présent Rapport est le fruit de 13 réunions de concertation, auxquelles ont participé au total 205 personnes et 81 organisations provenant des différentes parties du pays. Les réunions de concertation se sont déroulées en néerlandais et en français, avec une traduction simultanée, et la rédaction de comptes rendus exhaustifs par l’équipe du Service.
Au cours des trois premières réunions de concertation, l’angle d’approche de la concertation a été identifié avec les associations dans lesquelles des personnes en situation de pauvreté se rassemblent et les réseaux de lutte contre la pauvreté. Il a été décidé d’aborder les services publics à partir de la perspective des usagers, en suivant le parcours des demandeurs d’aide. Nous avons accordé une attention particulière à trois domaines : l’aide sociale, les malades de longue durée et le logement public. Le choix de ces trois domaines a été motivé par l’importance de ces services en matière de revenus, d’emploi, de logement, d’aide sociale, etc. En nous concentrant sur ces trois domaines, nous avons également pu rendre plus concret l’échange d’expériences avec les services publics lors des réunions de concertation. Et ainsi identifier les pierres d’achoppement, les points d’attention, mais aussi les pratiques intéressantes.
Neuf réunions ont ensuite été organisées, auxquelles d’autres acteurs ont également été invités, dans un esprit de concertation et de dialogue. Le 16 octobre 2025, cette concertation a été élargie avec une réunion à Eupen, au cours de laquelle l’équipe du Service de lutte contre la pauvreté a pu mettre en lien les enseignements collectés avec les expériences des organisations de la Communauté germanophone. La Commission d’accompagnement du Service a ensuite discuté du projet de Rapport le 18 novembre 2025.

Le Rapport débute par un chapitre consacré aux évolutions auxquelles les services publics sont confrontés ces dernières années, dans lequel nous dressons le constat que ces services publics sont soumis à une très forte pression. Nous montrons également que la responsabilité de missions de service public est transférée à d’autres niveaux : les citoyens eux-mêmes, le niveau local, les organisations sociales et de terrain, les procédures numériques, etc.
Dans les trois chapitres suivants, nous suivons la chronologie du parcours d’un usager dans la réalisation d’un droit, en employant plusieurs métaphores issues de la navigation maritime. Le chapitre II traite de la formulation d’une demande d’aide et de la prise de contact avec un service public, en se demandant si et comment on peut embarquer le demandeur d’aide à bord.
Dans le chapitre III, nous examinons de quelle façon on peut maintenir la personne concernée à bord et quels sont les éléments et les points d’attention à prendre en compte pour offrir un service inclusif et de qualité.
Le chapitre IV examine plus en détail la phase qui suit la décision d’un service public, lorsque la personne qui sollicite de l’aide n’est pas d’accord avec cette décision, afin de redresser la barre si nécessaire.

Chacun de ces chapitres se termine par des recommandations politiques. Les citations figurant dans le présent Rapport sans mention de source sont basées sur des interventions lors des réunions de concertation organisées par le Service de lutte contre la pauvreté dans le cadre de la rédaction du Rapport.
Sur base des expériences des personnes en situation de pauvreté avec les services et des échanges au sein du groupe de concertation, le caractère humain de ces services est rapidement apparu comme un élément fondamental. Ainsi, dans la conclusion, nous indiquons comment l’humain peut faire office de boussole pour des services publics de qualité.

Ce rapport, avec ses analyses et ses recommandations, sera remis à la Conférence interministérielle (CIM) ‘Politique des Grandes Villes, Intégration sociale et Lutte contre la pauvreté’. Les participants à la concertation – tant les personnes en situation de pauvreté et leurs associations et réseaux, que les diverses organisations et institutions actives dans la lutte contre la pauvreté – espèrent et souhaitent que les responsables politiques des différents niveaux de pouvoir se saisissent de ce Rapport et répondent à son appel à mettre l’humain au cœur des services, en en tenant compte dans leur politique. Cette demande s’inscrit pleinement dans l’ambition des signataires de l’Accord de coopération visant la continuité de la politique en matière de pauvreté, notamment celle de : « restaurer les conditions de la dignité humaine et de l’exercice des droits de l’Homme définis par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 et par les deux Pactes internationaux relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels, et aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966 en tant qu’objectif commun de chaque Autorité du pays ».
L’équipe du Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale