Une militante flamande à l’ONU pour le 17 octobre

A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, Saskia, militante flamande d’ATD Quart Monde en Belgique, prend la parole aux Nations unies, à New York. À ses côtés, Kris, volontaire permanent, l’accompagne pour porter cette voix jusqu’à l’ONU. Au cœur de son intervention : les politiques du logement et le droit à un logement sûr et digne pour toutes et tous. Voici une traduction de son intervention.

« Je m’appelle Saskia Jacobs. Je suis mère de deux enfants adultes et j’habite à Louvain, la plus ancienne ville universitaire de Belgique, une commune historique d’environ 105 000 habitant·es. À cela s’ajoutent chaque année académique, entre octobre et juin, quelque 80 000 étudiant·es qui viennent s’installer dans notre ville. Cette forte augmentation temporaire de la population, combinée aux mesures d’austérité strictes de l’Union européenne, accentue la pression sur le marché immobilier. De plus en plus de personnes ne parviennent donc plus à trouver un logement abordable, un véritable chez-soi.

En théorie, les droits humains sont protégés en Belgique. L’article 23 de la Constitution belge reconnaît le droit de mener une vie digne, y compris le droit à un logement décent. Mais, dans la pratique, ce droit est soumis à de fortes tensions. Comme il est si difficile de le faire respecter, il reste souvent lettre morte. Si même les garanties constitutionnelles sont affaiblies par le gouvernement, nous risquons de voir les droits qui subsistent diminuer encore et les conditions pour en bénéficier devenir plus strictes.

Nous constatons cet échec structurel partout. En Belgique, les personnes réfugiées nouvellement arrivées ont légalement droit à un hébergement. Mais, faute de places d’accueil suffisantes, des enfants sont contraints de dormir dans la rue. Il existe des logements sociaux, mais les moyens financiers sont insuffisants et trop peu de logements sont construits. Les personnes qui ont droit à un logement social mais n’y ont pas accès sont contraintes de se tourner vers le marché privé, où elles doivent consacrer plus des deux tiers de leurs revenus au seul fait de se loger.

Nous observons également cette situation à l’échelle régionale, par exemple à Barcelone, en Espagne, où les deux tiers des logements disponibles à la location dans le centre-ville sont occupés par des hôtels et des locations de courte durée. Les jeunes ne parviennent dès lors plus à trouver un logement abordable dans leur propre ville. Cette crise du logement, alimentée par le capitalisme, fragilise la solidarité, la redistribution des richesses et l’égalité de traitement.

Un logement est le point de départ d’une vie stable. C’est un endroit où rentrer chez soi, vivre en paix, préserver sa santé et s’épanouir librement. Un logement sûr n’est pas un luxe : c’est une condition fondamentale de la dignité humaine et de la pleine participation à la société.

Pour moi, la paix et les droits humains constituent le fondement absolu d’une vie digne. Sans paix, il est impossible de construire durablement le bonheur, l’épanouissement personnel et la prospérité. La paix nous permet de consacrer nos ressources communes à ce qui compte vraiment : lutter contre la pauvreté, renforcer les soins de santé et garantir l’accès au logement. Aujourd’hui encore, trop d’argent est consacré à l’armement, au maintien de structures de pouvoir rigides et à des conflits qui dressent les êtres humains les uns contre les autres. La paix est l’oxygène de l’humanité ; les droits humains en sont la première pierre.

Nous devons également nous inspirer des exemples qui fonctionnent, lorsque les pouvoirs publics font le choix d’investir dans le logement. C’est notamment le cas de la Finlande, où l’approche « Housing First » (le logement d’abord) démontre qu’il faut disposer d’un lieu de vie sûr avant de pouvoir reconstruire sa vie et relever d’autres défis.

Nous avons besoin de davantage de logements sociaux, dignes et accessibles à toutes et tous. Nous devons faire en sorte que le marché du logement ne dicte plus la valeur d’un être humain. Merci de m’avoir écoutée et souvenez-vous : Safe housing first ! »

Retrouvez le texte original notre site flamand ici.

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