Emma Poma, histoire d’une militante

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, nous voulons inviter le monde entier à s’arrêter et écouter les femmes qui, en tant que personne issue de l’extrême pauvreté,en tant que défenseuses des droits humains, en tant que résistantes, font écouter leur voix et agissent pour leur milieu social, pour les autres femmes qui sont aussi dans la pauvreté, pour une société libéré de l’extrême pauvreté.

Si ces femmes s’arrêtent, le monde s’arrête.

Transcription de la vidéo (voir aussi Unheardvoices)

Je m’appelle Emma Poma Janco.

Quand j’étais petite j’habitais Sotalaya, un village de la province de Umusayos, avec ma grand-mère. J’ai grandi là-bas, à partir de mes 3 ans jusqu’à mes 9 ou 10 ans. A 7 ans, on m’a inscrit à l’école à la campagne, et j’ai suivi l’école primaire, puis ma mère est venue me chercher et m’a amener à la ville.

J’ai fait la primaire à la campagne, et j’ai fait le collège à Aquile dans l’école Faro de Murillo. Venant de la campagne J’ai été victime de discriminations.

Par exemple, le fait de ne pas bien parler Espagnol. Petite, je parlais beaucoup en Aymara, j’avais l’habitude de cette langue et je ne prononçais pas bien l’Espagnol aussi les enfants se moquaient de moi, d’autres encore ne m’incluaient pas dans leurs activités.
Et il y avait des enfants qui étaient joliment coiffés, les mamans les habillaient avec de jolis vêtements, et ma maman non. Comme elle travaillait tout le temps… disons qu’on s’habillaient comme on pouvait.
Parfois on n’avait même pas de chaussures. Ma mère avait beaucoup d’enfants, et il n’y avait pas assez d’argent pour acheter pour tout le monde.
Les enfants sont touchés par ces choses là. C’est vulnérable, un enfant. Il ne peut pas réagir, demander pourquoi tu me fais ça? Je me sentais très seule.
Après j’ai étudié en cours du soir, parce que je faisais des petit boulots toute la journée, j’ai passé le brevet, et je voulais suivre une formation pour devenir institutrice. Mais je n’ai pas réussi l’examen d’entrée, car c’était très
difficile. J’étudiais beaucoup pour avancer, mais en cours du soir c’était pas évident, les résumés qu’on nous donnait ne couvraient pas tous les sujets.
Cela m’a affecté, j’ai regretté, je me suis dit que j’aurais du étudier de jour, et peut être que j’aurais pu faire d’autres études. J’étais déçue de moi-même, et je me demandais : pourquoi cela m’arrive-t-il à moi ?
Après j’ai connu le père de ma fille, je me suis mariée, ma fille est née, et je ne pouvais plus étudier. Maintenant j’ai ma famille, j’ai ma fille. C’est elle qui me donne des forces pour avancer.

C’est pour elle que je résiste. Si elle n’étais pas là, je ne sais pas ce qui m’arriverait.

Emma participe à l’Université Populaire Quart Monde à La Paz. C’est un espace où des familles qui vivent la grande pauvreté s’expriment et échangent leurs connaissances et leurs expériences de l’extrême pauvreté.
Vous avez du voir les situations de chacun, à l’école, à la maison…
C’est vraiment une transformation. Car au début je ne pouvais pas m’exprimer librement, j’avais peur de parler, je me demandais ce que je pouvais dire…

Première prise de parole publique, au Pérou
A la maison de l’amitié les réunions avec les mamans m’ont donné la confiance de m’exprimer librement, de dire ce que je pense. Les familles aussi m’ont donné beaucoup de courage. Je suis allée en Suisse, et le fait de parler en leurs noms m’a fait réfléchir comment les représenter. Le fait de vivre ces expériences, de connaître d’autres personnes, qui te soutiennent, t’accompagnent…cela aussi te donnent des forces pour avancer.

Conférence de presse à Genève pour les 20 ans de la Convention internationale pour les droits de l’enfant, aux Nations Unies.
Je vois que c’est une situation très difficile, ces personnes, loin de leurs familles, loin de leurs enfants….
Par exemple la conférence de Genève a été une expérience enrichissante. Au départ j’avais peur, même pour monter dans l’avion. Le fait d’être dans un autre pays, tout était étrange pour moi.

Mais une chose que nous avions en commun, toutes ces personnes, c’était notre lutte, au quotidien, pour une vie juste, pour les droits de chacun.
J’ai senti que réellement nous n’étions pas seuls, en Bolivie, à vivre les discriminations.

Et que tous nous devons nous réunir, pour être de meilleures personnes. J’y ai beaucoup réfléchi, car j’ai beaucoup appris de ceci. Il faut réfléchir différemment, changer le regard de la société. Cela me donne des forces pour continuer. Si on ne rompt pas le silence nous allons continuer à vivre dans tout ce silence, et ceci est dur pour une personne.
C’est important de pouvoir partager comment tu es sortie de cette situation, pouvoir dire que tu étais, de même telle ou telle personne, et qu’à son tour elle aussi puisse participer et avoir sa propre voix.
Je suis avec Belén et nous allons chanter une chanson de son école qui s’appelle les petites mains joueuses…