"Une année avec ATD Quart Monde"

Article posté le 20 juillet 2015 Print Friendly

Nora Vogt a 24 ans et est engagée chez ATD Quart Monde à Bruxelles depuis septembre 2014. Elle vient d’Allemagne et fait un volontariat d’un an avec l’organisation allemande « Action Signe de Réconciliation Service pour la paix » (ASF, www.asf-ev.de). Dans cette interview, elle décrit ses expériences chez ATD Quart Monde et raconte ce qu’elle y a vécu de plus marquant.

Question : Pourquoi est-ce que tu as choisi ATD Quart Monde ?

Nora : C’est une très bonne question, car pendant le recrutement, le volontariat chez ATD Quart Monde n’était pas encore proposé. C’est la première année qu’ASF envoie un volontaire à ATD Quart Monde. Avant, il y avait déjà une coopération entre les deux organisations, qui permettait à un volontaire de travailler une journée par semaine chez ATD Quart Monde, et le temps restant dans une autre organisation.
Je ne connaissais pas ATD Quart Monde avant, c’est pourquoi, quand ASF m’a présenté cette organisation comme un nouveau projet à Bruxelles, cela avait l’air intéressant.

Q : Est-ce que tu es contente de ton choix ?

N : Oui, je suis très satisfaite ! Je trouve mon service volontaire vraiment intéressant. La complexité d’ATD Quart Monde est captivante et de voir tous les plans sur lesquels une organisation des droits de l’homme est active et ce qu’il y a derrière les différents projets, m’ouvre des perspectives géniales.
Aussi mon travail est très varié : à la bibliothèque de rue à Molenbeek, je travaillais avec des enfants, à la maison des savoirs, plus avec des adultes. Les domaines dans lesquels je travaille vont de la garde d’enfants aux travaux créatifs, en passant par la traduction.

Q : Est-ce que tu peux raconter ta journée type chez ATD Quart Monde ?

N : Alors, en principe je n’ai pas de journée type, d’abord parce que je travaille dans deux lieux différents : à la maison des Savoirs, où j’habite aussi, et dans la maison Quart Monde à Etterbeek. Les journées sont donc très différentes.
Mais si je dois choisir une journée type, ça serait probablement le mercredi, quand j’organisais la bibliothèque de rue à Molenbeek.
Le matin, je retrouvais ma collègue et nous allions rencontrer d’autres organisations du quartier pour établir une sorte d’étude du quartier. Ensuite, l’après-midi, on animait la bibliothèque de rue pour les enfants.
Comme j’ai dit, je ne peux vraiment pas décrire une journée typique. Actuellement, je travaille sur différentes traductions et à l’élaboration d’une liste des livres de jeunesse qui sont disponibles dans le mouvement ATD Quart Monde. Récemment, j’ai fait une interview avec une participante active de la maison des Savoirs.

Q : Est-ce que tu peux raconter un peu cette rencontre ?

N : Cette dame habite le quartier depuis 45 ans et elle fait du travail d’artiste depuis à peu près 20 ans. Elle dit que pendant sa jeunesse, elle ne percevait pas l’art de façon positive, mais avec le temps, son intérêt s’est développé. Elle s’est inscrite dans une école des beaux-arts, mais ce n’était pas facile pour une femme venant du milieu ouvrier. Dans l’école des beaux-arts, elle a rencontré beaucoup de gens venant d’autres milieux qu’elle. Ma conversation avec elle était très intéressante parce qu’elle m’a raconté des moments difficiles, et cela m’a beaucoup touchée.

Q : Comment est-ce que tu vois le rôle ou plutôt la mission d’ATD Quart Monde, en lien avec des histoires comme celle-là ?

N : Dans ce contexte, ATD Quart Monde joue un rôle très important. Par exemple, cette dame a commencé en participant aux ateliers de la maison des Savoirs. Le mouvement y donne aux gens la possibilité d’accéder à l’art et à la culture, en ciblant particulièrement les personnes les plus pauvres, à qui l’accès à la culture est le plus dénié. C’est contre cette exclusion qu’ATD Quart Monde lutte. La pauvreté générationnelle jour aussi un rôle : ce n’est pas juste une question de pauvreté financière. Cette femme m’a par exemple raconté qu’au départ, son mari n’était pas enthousiaste de son travail d’artiste parce qu’elle est la première dans la famille qui s’intéresse à l’art – et l’art ne l’intéressait pas. Et c’est ce qui est beau à ATD Quart Monde. Les gens réalisent qu’ils ont aussi beaucoup de qualités et le droit de participer à la culture. Le plus souvent, ces personnes ont une force d’expression extraordinaire, et c’est pourquoi ils doivent être écoutés.

Q : Est-ce que tu as vécu d’autres expériences qui t’ont touché, et qui t’ont montré l’importance d’ATD Quart Monde ?

N : Le travail dans la bibliothèque de rue à Molenbeek m’a marqué très fort. Malheureusement, c’était seulement de septembre jusqu’à novembre 2014. C’était très intéressant de encontrer les enfants et leurs familles, et découvrir les conditions de pauvreté dans lesquelles ils vivent. C’était super de jouer avec les enfants, d’apprendre à se connaître et surtout de lire ensemble. Encourager les enfants à avoir envie de lire, et à avoir soif de savoir, sont les objectifs principaux de la bibliothèque de rue.

Q : Qu’est-ce que tu ressens, face à la misère des personnes que tu rencontres ?

N : Pour moi, c’est très difficile de me mettre à leur place. Quand je prends du recul sur ma situation, je me rends compte que les choses sont toujours allées bien pour moi et pour la plupart de mon entourage. Quand on vient d’un foyer ayant offert toutes les sécurités affectives et matérielles, qu’on n’a jamais eu à se soucier des choses essentielles, qu’on a toujours eu la possibilité d’aller à l’école,... souvent, on n’a pas conscience pas des problèmes financiers.
Avant de venir ici, je m’étais déjà rendue compte de ma chance, mais grâce à ATD Quart Monde, j’en suis encore plus consciente.
Les personnes qui sont en lien avec ATD Quart Monde sont souvent des personnes très chaleureuses et très ouvertes, mais il y a aussi certains que les difficultés ont brisé, et qui se sont renfermés sur eux-mêmes.
C’est souvent bizarre pour moi, la façon dont les personnes réagissent avec moi. Beaucoup de gens me vouvoient, et me posent beaucoup de questions sur ma vie. Ça me réjouis, et ça me donne aussi un autre regard sur ma situation. C’est une expérience unique. Ce qui m’a touchée particulièrement beaucoup, ce sont les gens qui sont plein d’humour, et qui ont trouvé une manière de gérer leurs difficultés et de penser dans une manière créative. J’apprécie d’avoir développé un autre regard sur les choses, par les différentes rencontres.

Q : Qu’est-ce que ATD Quart Monde représente pour toi ?

N : Cette possibilité de travailler pour ATD Quart Monde est une expérience unique. Je me sens totalement à l’aise ici et rencontrer les autres volontaires est très intéressant. C’est captivant d’entendre les motivations des volontaires d’ATD Quart Monde, et ce qu’ils ont fait auparavant.
Le système d’échange de volontaires entre les pays différents est aussi intéressant. En résumé je peux dire que je n’aurais pas voulu manquer cette expérience.

Q : Tu restes encore quelques mois, est-ce qu’il y a un aspect du travail d’ATD Quart Monde que tu aimerais mieux connaitre ?

N : En fait, je voudrais définitivement avoir un plus grand aperçu de l’université populaire. Malheureusement, je n’ai participé qu’à une Université Populaire et j’y ai animé le groupe d’enfants. C’était très plaisant, mais je n’ai pas pu voir comment le travail dans les groupes d’adultes se déroule et comment les réflexions sont ensuite transmis par exemple, à la commission européenne. Ça m’intéresserait beaucoup.

Resumé de Nora :
Je suis vraiment très contente d’avoir "débarqué" à ATD Quart Monde ; parce que on m’a donné beaucoup d’autonomie et d’indépendance. ATD Quart Monde me fait tout à fait confiance pour m’identifier aux projets, et pour bien les réaliser.
Ce que je trouve bien aussi, c’est que je dois régulièrement écrire un rapport sur mon travail, ce qui me permet de prendre du recul sur mes expériences et de déterminer ce que je veux encore découvrir.

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