S’engager, vous avez dit

Editorial du n° 63, mai / juin 2009

Article posté le 5 juin 2009 Print Friendly

S’engager, vous avez dit

Oui, s’engager, ça fait peur. Ne le cachons pas.

Qui n’hésite pas avant de s’engager dans la durée en tant que citoyen ? Et cela témoigne du sérieux de ceux qui veulent s’engager, non pas à la légère, mais en connaissance de cause, après mûre réflexion.

Les très pauvres, depuis toujours, nous demandent un engagement mûri et réfléchi, s’inscrivant dans le temps, qui s’épanouit dans une formation partagée. D’expérience, ils savent que la compassion ne suffit pas ; elle s’essouffle comme un feu de paille et risque de privilégier les méritants au détriment des autres. Ils demandent une présence et un croisement d’expériences et de savoirs. Ils aspirent à un espace de liberté et de parole où chacun peut être lui-même, sans être contraint de se conformer constamment au regard des autres pour pouvoir survivre. Et cet espace d’humanité se bâtit au quotidien, souvent par des gestes tout simples ou des attentions d’apparence anodines, qui redonnent confiance.

Ainsi, une personne commence à croire en elle-même lorsque une autre personne croit en elle. Si au départ, un regard, une parole, une rencontre ou une action peuvent favoriser cette émergence, seul un engagement dans la durée, enraciné dans la conviction de l’égale dignité d’un chacun, permet en définitive la libération de celui qui a sombré dans le mépris ou a été largué dans l’insignifiance. Pour cette raison, Joseph Wresinski a voulu une fraternité d’hommes et de femmes – aujourd’hui près de 400 volontaires de par le monde - engagés durablement avec ceux que la misère réduit au silence et écarte de toute participation.

Cette libération implique également le choix d’une société fondée tant sur le partage avec les très pauvres que sur leur participation à son développement. Une culture ne devient-elle pas toxique pour l’homme, pour son environnement, pour l’économie lorsqu’elle tient les populations les plus fragiles pour un frein à son progrès ?

Oui, nous avons à choisir, et de façon urgente. Ce choix nous engage tous.

Georges de Kerchove