Résister et avancer ensemble

Article de ’Partenaire’ n° 71, janvier-février 2011

Pendant l’hiver et presque exclusivement en hiver, de nombreux médias consacrent des articles aux personnes sans logement, limitant souvent le débat aux seules questions du froid, du don alimentaire ou de l’urgence.
Article posté le 28 février 2011 Print Friendly

Lors d’une rencontre, Kris [1] et Hector [2] disent avec force que ce n’est pas d’abord le froid qui tue les personnes sans abri : « Les gens ne sont pas cons, ils vont chercher des endroits protégés. C’est l’insécurité et la fatigue de devoir lutter chaque jour pour survivre qui tue et ça, tout au long de l’année ».

Hector regrette que la question des sans abri ne soit abordée que l’hiver : « Les autres neuf mois de l’année sont tout aussi meurtriers et on n’en parle pas ». A ses yeux, trop de médias « ne montrent que de la distribution de bouffe au lieu de montrer la valeur des personnes ». «  Les gens à la rue ont beaucoup de courage et beaucoup d’humour » ajoute Kris.

Hector rappelle également que les gens ne cherchent pas des solutions d’urgence : « Ce qu’ils veulent, c’est un endroit pour habiter, à plusieurs, avec leurs chiens ». « L’urgence, ça mène où après ? - demande Kris. Quand on ne connait pas les gens, on peut vite avoir des idées à leur place et ça c’est le pire. Des fois, on a vite fait de juger sans connaître alors qu’il faut du temps pour que les personnes soient à l’aise et se confient. Par exemple, les gens dorment mal la nuit ou pas du tout, à cause du froid et de plein d’autres choses. Alors ils dorment la journée et on se dit qu’ils ne font rien pour s’en sortir mais ils n’ont pas dormi ! Et puis, on leur reproche de ne pas avoir de projets mais qui va les voir pour faire un plan qui parte d’eux ? Heureusement ça existe quand même et des fois ça peut faire boule de neige. »

En France, à Noisy-le-Grand, un projet pilote de promotion familiale permet à des familles qui ont connu l’errance de retrouver temporairement un logement. Se reconstruire, récupérer ses droits sont les buts de ce projet menant à terme à un logement définitif.
Dominique et Christophe, tous deux pères de famille, ont participé à ce projet. Tous deux avaient connu la rue et la galère. Ils s’étaient battus pour en sortir. Ils avaient chacun un logement depuis plusieurs années et ils avaient repris le chemin du travail. Ils sont décédés l’un après l’autre le mois dernier, trop jeunes, trop vite.

Comme dit Hector, « A la rue, on ne meurt pas de froid mais de l’usure de la vie ». Malheureusement on peut aussi mourir de cette usure des années plus tard. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas nous contenter de mesures qui soulagent la misère sans la détruire.
Nous ne pouvons pas accepter que des gens vivent l’errance ne serait-ce qu’un temps très court car ses ravages ne s’arrêtent pas avec la fin de l’hiver ou l’accès à un logement.
Alors que la précarité se généralise, il est temps de faire cesser l’injustice. La route sera longue bien sûr. Dominique croyait dur comme fer en la solidarité et répétait souvent « Vous pouvez dire que je suis un rêveur, mais je ne suis pas le seul ».

Thibault Dauchet-de Calignon

[1Kris, volontaire permanent d’ATD Quart Monde, part chaque semaine depuis 3 ans dans Bruxelles à la rencontre de personnes sans abris qu’il invite à participer à l’Université populaire Quart Monde.

[2Hector, militant d’ATD Quart Monde et membre du collectif des morts de la rue, est engagé de multiples façons et depuis plus de vingt ans dans le soutien de personnes sans domicile.