Quelle lutte contre la pauvreté ?

Editorial de Partenaire n° 58, mai / juin 2008

Article posté le 19 juin 2008 Print Friendly

La lutte contre la pauvreté est présente dans tous les plans d’action, au niveau international et national. Les objectifs du Millénaire veulent réduire de 50 % le nombre de personnes vivant dans la pauvreté. L’accord gouvernemental mentionne un "plan ambitieux de réduction de la pauvreté" et un poste de secrétaire d’Etat à la pauvreté a été créé.

De quelle lutte s’agit-il ? Ne veut-elle pas surtout améliorer les statistiques dont nous inondent les études internationales comparatives ? De tels objectifs, seuls, sont inacceptables pour ATD Quart Monde. Eugen Brand, son délégué général rappelait le 17 octobre dernier : «  Les stratégies politiques qui visent une réduction du nombre des pauvres de 10, 30 ou 50% portent le danger d’une logique redoutable d’écrémage et de résignation. Elles risquent de nous détourner du but essentiel qui est l’accès de tous, sans exception, aux droits fondamentaux de tous. »

En effet, à travers leur histoire, les familles très pauvres de partout ont échappé aux différents projets qui ne visent que les franges les moins faibles. En abandonnant les plus pauvres dont ils augmentent de fait l’exclusion, ces projets creusent continuellement l’écart et l’incompréhension entre eux et le reste de la société.

Certes, les pourcentages permettent d’évaluer l’avancée d’un projet. Mais, pour être complète et efficace, cette évaluation doit aussi être qualitative et porter sur les changements de situation des personnes. Les premiers à combattre et connaître la grande pauvreté sont ceux qui la vivent et y résistent au quotidien. Sans eux, impossible de la combattre et de l’éradiquer. Ils doivent être associés à l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des mesures et politiques qui les concernent, sous peine qu’elles ne passent de nouveau à côté d’eux.

Cette revendication première du Rapport Général sur la Pauvreté (RGP) est loin d’être reconnue et réalisée. La plupart des décisions, à tous les niveaux, se prennent sans eux. Et les réseaux qui se mettent en place, leurs rythmes et méthodes, ne permettent pas leur réelle participation.

Le RGP soulignait aussi que toute politique de lutte contre la pauvreté ne peut être que globale, tant les défis se posent à tous les niveaux. Dans ce sens, le poste de secrétaire d’Etat peut présenter un risque, s’il induit la tendance des autres ministres et responsables à se décharger sur lui de tout ce qui concerne la pauvreté. Il représente par contre une chance s’il peut interpeller les différents ministres afin qu’ils coordonnent leurs efforts et évaluent les politiques mises en œuvre à la lumière de leurs effets sur la vie des très pauvres.

Dominique Visée-Leporcq