Prendre des risques pour l’autre

Editorial de ’Partenaire’ n° 72, mars-avril 2011

Article posté le 26 avril 2011 Print Friendly

Prendre des risques pour l'autre

«  Est-ce que, à travers nos actions, la population la plus pauvre a pu gagner en liberté, en responsabilité, en fraternité ?  » (Joseph Wresinski)

« Quand on rentre dans ce combat contre la misère, rien n’est facile et rien n’est gagné d’avance », dit un militant. « Mais à cause de la façon dont on a traité mes parents, jamais je ne tournerai le dos au Mouvement. Ce sont les familles que nous rencontrons, qui nous donnent le courage et la force pour aller aussi vers d’autres milieux qui interviennent dans nos familles : les écoles, les médecins… »

Une femme, bientôt grand-mère, revient proposer un engagement avec ATD Quart Monde : « Dans cette société de plus en plus dure, du ‘chacun pour soi’, il y a des gens qui croient qu’ils se sont faits tout seuls. Mais chacun a eu une personne qui l’a fait avancer car elle a cru en lui et s’est mise derrière lui. La lutte contre la misère est essentielle pour moi : comptez sur moi pour soutenir les jeunes, pour qu’ils ne se laissent pas aller. »

Un jeune vient nous voir dès le lendemain de l’avant-première de ’Joseph l’Insoumis’ : « Je ne peux pas regarder ce film sans bouger, sans faire quelque chose. J’ai du temps, avec des copains nous pouvons susciter un débat autour de ce film à l’université. Êtes-vous prêts à me soutenir ? »

Une autre jeune qui fait un stage dans une association d’aide d’urgence, nous interpelle d’une autre façon : « Nous ne pouvons pas nous contenter de donner aux sans-logis une solution pour une nuit seulement. Il y a des gens qui prennent du temps, au-delà de l’aide technique et matérielle. Même dans l’urgence, on peut prendre le temps, fonctionner humainement, valoriser les personnes… »

Aucun service, aucune aide matérielle, aucun droit même ne peuvent en soi, combler les aspirations les plus profondes des personnes vivant dans la précarité. Elles ne peuvent se réaliser que si des personnes s’engagent avec elles -en toute liberté, gratuité et respect-, prenant leurs aspirations comme point de départ.
L’année internationale du volontariat nous rappelle que tous les grands combats pour la paix, les droits de l’homme et la justice, ont été initiés par des personnes qui ont pris des risques pour que d’autres ne soient plus diminuées, humiliées, traitées comme des moins que rien. Et ces personnes ont été rejointes par d’autres, qui ont osé avec elles, en investissant leur crédibilité, leur temps et leurs réseaux.
Osons nous interpeller, osons nous soutenir.

Herman Van Breen