Pas au prix de la dignité

Article posté le 31 mars 2015 Print Friendly

Pas au prix de la dignité

Les 12 et 13 février 2015, une Conférence sur le futur de la protection des droits sociaux en Europe s’est tenue à Bruxelles sous la présidence belge du Conseil de l’Europe. Son enjeu est d’importance car l’Europe se trouve à la croisée des chemins. Le Mouvement ATD Quart Monde était représenté par Georges de Kerchove, le president d’ATD Quart Monde Belgique, qui a participé à la table ronde lors de la conférence.

Pour certains, majoritaires jusqu’ici, l’économie prime le social qui lui est subordonné. L’austérité nécessaire pour redresser la barre implique la réduction des droits sociaux qui doivent être ajustés à la marge budgétaire disponible. Ces droits définis en période de croissance sont devenus impayables en période de crise et dans un monde de plus en plus concurrentiel. Dans son intervention, Georges de Kerchove a noté que les mesures d’économies réclamées par les partisans de l’austérité frappent « avant tout les membres les plus faibles de nos sociétés ». Il a expliqué qu’en Belgique nous commençons de voir les effets de ces mesures, comme dans le cas d’un CPAS d’une grande ville de Belgique qui, il y a un mois, « décidait de modifier sa mission : il n’assure plus la garantie des droits fondamentaux, mais seulement y contribue. »

Pour d’autres qui commencent à faire entendre leur voix, les mesures macroéconomiques certes nécessaires, doivent être prises en mesurant leur impact sur les droits sociaux car une bonne application de ces droits soutient le développement économique. Loin de s’opposer, l’économie et le social se dynamisent mutuellement dans un subtil rapport.

La crise au nom de laquelle on remet en question le socle des droits sociaux et par ricochet des droits civils et politiques, révèle en fait les insuffisances d’un modèle qui dissocie l’économie et le social. Les remèdes apportés jusqu’ici s’avèrent inefficaces. C’est le modèle lui-même qui doit être remplacé par un modèle garantissant inconditionnellement le socle indivisible des droits humains. A défaut, tous ceux dont les revenus sont insuffisants pour mener une vie conforme à la dignité humaine, n’ont pas un accès réel aux droits civils et politiques. Ils ne participent plus à la démocratie et deviennent citoyens de seconde zone.

La Conférence de Bruxelles s’inscrit dans un moment clé de nos démocraties européennes : des mesures difficiles doivent être prises mais la dignité n’est pas à vendre au nom d’une rigueur économique. Comme Georges de Kerchove a constaté lors de la table rond, « l’expérience, la réflexion, l’avis des personnes les plus vulnérables sont indispensables pour construire une Europe qui garantit les droits humaines à tous avec une démocratie participative. » Il est donc urgent de mieux garantir le respect pour la dignité de chacun.

Se ralliant à d’autres ONG, à des personnalités politiques et à des universitaires soucieux de la cohésion européenne, le Mouvement ATD Quart Monde a demandé que dans l’immédiat, les États membres ratifient la Charte sociale européenne (qui garantit les droits sociaux qui eux-mêmes rendent effectif l’accès aux droits civils et politiques) et la procédure de réclamation collective (qui permit à une ONG d’introduire une action à l’encontre d’un état défaillant), et qu’à moyen terme l’Union européenne adhère à la Charte.

 

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