Partenaire janvier 2006 : L’engagement

Deux jeunes militants témoignent de leur engagement

Léonie et Jean sont deux jeunes militants d’ATD Quart Monde ; il sont actuellement engagés à la Maison des Savoirs où ils participent à différents projets. Au moment où nous recueillons leurs propos, Léonie et Jean attendent leur premier enfant.

Article posté le janvier 2006 Print Friendly

Partenaire : Vous attendez la venue de votre premier bébé. Où vivez-vous actuellement ?

Léonie : Pour l’instant, nous sommes logés chez ma mère. Ce logement a été déclaré insalubre et tout l’immeuble doit être restauré. C’est pourquoi il est question de nous faire partir. Nous espérons trouver un autre appartement dans quelques mois. Nous ne sommes pas les seuls à vivre dans un logement chez nos parents et il vaut mieux être là que dans la rue.

Jean : Je touchais le chômage jusqu’à la fin août 2005, puis j’ai quitté la commune et j’en ai été rayé. Je ne pouvais plus pointer. Donc je n’avais plus aucun revenu. Aujourd’hui je fais des démarches pour me domicilier ailleurs et « toucher le CPAS » (note : le RIS -revenu d’intégration sociale-). J’ai expliqué mon cas à un militant d’ATD Quart Monde et il est venu avec moi faire les premières démarches. Puis, j’y suis retourné tout seul. C’est grâce à ce militant que je vais avoir un revenu. Il y a des gens, comme lui, qui te soutiennent, qui te font comprendre que c’est mieux pour toi de continuer tes démarches, surtout quand tu vas avoir un enfant. Nous aussi, nous aidons les gens, même si nous n’avons jamais de remerciements. Il y en a beaucoup qui font la même chose que nous.

Partenaire : Aujourd’hui, tufais des démarches pour toucher le RIS. Mais tu as suivi une formation et tu as déjà travaillé ?

Jean : A l’école, j’ai appris à aider les personnes âgées et handicapées, comme « aide soignant en institu­tion ». Mais j’ai raté ma qualification et je n’ai pas eu mon diplôme. Après l’école, j’ai fait à nouveau une formation grâce au soutien de mon médecin traitant. Il m’a trouvé un endroit de stage, dans un home pour personnes âgées. Il m’a suivi régulièrement pour voir comment se passait la semaine. Il m’a poussé à aller jusqu’au bout. Il était strict, un peu comme un père. Puis j’ai fait beaucoup d’intérims, ça peut dépanner mais ce n’est pas assez. Sans diplôme, ce n’est pas facile de trouver un boulot.

Partenaire : Pourquoi t’es-tu engagé avec le Mouvement ATD Quart Monde ?

Jean : Quand j’étais enfant, je venais à la Maison des Savoirs et on m’apprenait des choses, et maintenant, c’est moi qui apprends aux enfants. J’ai rencontré la nouvelle équipe de volontaires, en 2001. Elle cherchait à aller dans d’autres lieux et j’ai proposé d’aller dans le camping où ma mère a une caravane. C’est un endroit où les enfants traînent des journées à ne rien faire. Nous, nous leur proposons des activités : ils nous attendent et sont tous impatients de nous voir arriver.
Animer des ateliers avec les enfants, pour moi, c’est aussi un travail. Quand tu travailles avec tes mains, tu fais quelque chose toi-même, tu peux être fier, c’est toi qui l’as fait de tes propres mains.

Partenaire : Et toi, Léonie, comment as-tu connu la Maison des Savoirs ?

Léonie : Moi, je l’ai connue par le centre d’hébergement « Le Relais » en 2002. J’étais là avec ma mère après une expulsion à cause de 1’hygiène du logement. Il y avait des souris, des cafards, la mérule. On ne pouvait plus y vivre. C’était insalubre. Ma mère a rencontré Monique (alliée d’ATD Quart Monde) au Relais. Celle-ci lui a parlé des ateliers à la Maison des Savoirs. Je n’ai pas voulu y aller, ça ne m’intéressait pas car je ne connaissais personne. Puis, vous m’avez invitée à la Semaine de l’Avenir Partagé à Schaerbeek. J’étais en vacances à ce moment-là et je ne voulais pas rester à ne rien faire à la maison. Je suis ensuite allée animer des ateliers au camping avec Jean. Puis nous sommes venus ensemble à l’atelier du jeudi. J’ai commencé à connaî­tre plusieurs personnes d’ici, du quartier.
A la Maison des Savoirs, il y a du mouvement, on va à la rencontre des gens dans différents endroits. Grâce à cela, j’ai rencontré différentes personnes, certaines connaissent le mouvement ATD Quart Monde depuis longtemps, mais il y a aussi des nouvelles personnes.
Je connais des gens qui ne peuvent pas sortir de chez eux, qui n’ont pas une vie heureuse, des gens qui ne partent jamais parce qu’ils n’en ont pas les moyens. Nous, nous organisons des choses, comme ça, ils peuvent sortir de chez eux.

Partenaire : Aujourd’hui, vous continuez à vous engager en tant que couple ?

Jean : Nous voyons beaucoup de personnes dans la misère. Elles n’ont personne à qui parler. On peut faire des activités créatives avec elles, ça aide à se vider la tête, à ne plus penser à ses problèmes. Léonie et moi, nous nous arrêtons quand nous voyons des hommes à la rue. Parce qu’ils ne parlent avec person­ne. Il faut bien qu’il y ait des gens qui pensent à eux. Ils peuvent ainsi rencontrer d’autres gens qui sont dans la galère... Et comme ça, nous pouvons échanger des idées pour affronter la vie.

Léonie : Nous, nous faisons un engagement à deux, nous apprenons ensemble. Quand on est à plusieurs, c’est mieux, ça donne le coup de pouce. Quand on est seul, on n’a envie de rien. Comme couple, nous avons quelque chose en commun, des choses qui nous relient : nous avons eu des problèmes ; nous avons été placés tous les deux. Nous avons été malheureux comme enfants. Maintenant que nous avons grandi, nous voulons rattraper ce que nous n’avons pas eu, tout ce qu’on n’avons pas eu de notre enfance.

Propos recueillis par Françoise Barbier et Dan Kennigham
(équipe de la Maison des Savoirs)

Partenaire N° 46 Janvier/Février 2006