"On n’a plus le temps de se détendre, même pendant les vacances..."

Article de ’Partenaire’ n° 74, septembre-octobre 2011

Situé à 30 km de Maastricht, le château de Remersdael a accueilli, du 24 au 28 juillet, 45 participants au séjour "Jeunes et jeunes familles, créateurs de solidarité" [1]. Composé majoritairement de jeunes de toute la Belgique, ce groupe a pu vivre un temps familial, de vacances et d’engagement.
Article posté le 28 septembre 2011 Print Friendly

Un temps avec d’autres jeunes tout en étant avec ses enfants

A la base de ce séjour, l’envie que des jeunes parents vivent pleinement une rencontre avec d’autres jeunes. Tout le rythme de la semaine a été conçu pour permettre une réelle valorisation de la vie familiale ainsi qu’une participation entière à l’ensemble des activités proposées.
Pour John-Ross, participant à ce séjour, la présence des enfants a aussi permis de ne pas toujours discuter de sujets difficiles : "Ils nous faisaient rigoler, ça nous changeait les idées. J’aimerais que mon enfant puisse participer la prochaine fois. ça lui ferait du bien". Mais pour cela il faudra que John-Ross s’arrange longtemps à l’avance, notamment avec la mère de l’enfant chez qui il habite habituellement. Malgré les efforts mis en place, certains n’auront pas pu vivre la rencontre cette fois-ci. Nombreuses sont les raisons qui ont contraints des parents à décaler ou annuler au dernier moment leur participation : difficulté de faire garder un animal de compagnie, de quitter un travail au noir, même pour quelques jours, de peur que quelqu’un d’autre ne prenne la place... ou de bonnes nouvelles comme l’obtention d’un travail ou d’une formation.

Vivre un temps de vacances et d’engagement

Les temps de débats, les ateliers "parents-enfants" et les nombreuses activités créatives ont permis de parler des rêves, des difficultés et des espoirs de chacun. Prendre sa vie en main était un objectif important du séjour, pouvoir réfléchir et souffler avec d’autres également. "On n’a plus le temps de se détendre, même pendant les vacances. Il y a toujours le stress, qu’on soit scolarisé ou non. Sans parler des plus pauvres qui n’ont pas la possibilité de partir - confie Jean-Luc, un autre participant. Et puis c’est pas le ’Club Med’, les pieds en éventail... Y a de la rigolade mais on parle aussi de sujets qui nous tiennent à cœur".
John-Ross est venu accompagné de sa femme : "ça fait du bien de se retrouver tous les deux et de laisser les problèmes derrière nous. Ma femme, d’habitude, elle parle avec personne. Elle est timide. Là, elle parlait avec tout le monde. Elle s’est lâchée. ça fait du bien de rencontrer d’autres. Personne s’est foutu de sa gueule. Tout le monde s’écoute. On n’a pas jugé comment on était".

Quelques semaines plus tard, un chantier à la Maison des Savoirs (Bruxelles).

L’été a aussi permis d’entreprendre un gros chantier à la Maison des Savoirs. Au programme, la remise à neuf d’une façade extérieure, d’un bureau ainsi que l’immense plafond de la salle commune. Pendant une semaine, une dizaine de personnes est venue régulièrement participer : des nouveaux, des habitués, des jeunes, des moins jeunes, des gens du quartier ou d’ailleurs... Cette Maison des Savoirs pleine d’échaffaudages s’est transformée en auberge espagnole accueillant même des jeunes de passage. Un barbecue a conclu de manière festive et conviviale ce temps de chantier.

Faire le plein de courage pour la suite

Jean-Luc a participé à ces deux temps forts. Il a invité deux amis au séjour de l’été pour leur faire découvrir le mouvement. Ces mêmes amis sont venus ensuite au chantier, en ramenant avec eux d’autres amis... Durant le séjour et le chantier, il a retrouvé le même esprit de respect, de rencontre, de détente et de collaboration. Garder le contact avec la matière et la création est aussi très important à ses yeux : "ça peut redonner le goût au travail et permettre de reprendre du courage tout en se relaxant. ça peut donner envie de reprendre un métier ou une orientation professionnelle... C’est pas de l’éducation, c’est plutôt du partage. Y a pas de bons à rien. Sans vouloir le détruire, le système scolaire a tendance de plus en plus à diminuer les gens. C’est important de redonner une bonne image aux jeunes qui vivent des discriminations avec des profs. Là, ils peuvent se dire j’ai peint, j’ai refait des murs, on m’a pas dit que j’étais mauvais. Ce sont des choses qui redonnent des perspectives."

John-Ross et Jean-Luc gardent aussi un très bon souvenir d’une conversation par internet (skype) durant le séjour avec des jeunes vivant une rencontre similaire en Suisse. "ça serait bien d’aller là-bas. On ferait des trucs utiles, on rencontrerait d’autres cultures." Tous deux insistent sur la reconstruction que permettent tous ces temps et les forces que cela redonne pour affronter la suite.

Thibault Dauchet

Lire aussi : "La jeunesse belge vie la solidarité à Remersdael"

[1Ce séjour a été réalisé avec le soutien de la fondation Prince Philippe.