Nos enfants...

Message de Noël 2011

Article posté le 1er décembre 2011 Print Friendly

Nos enfants...

Chers amis,

Thomas et Marie ont quatre enfants. Marie a été placée en institution et dans une famille d’accueil pendant son enfance. La famille de Thomas a une longue histoire de courage et de souffrance liée à la misère.

Il y a plus d’un an, à un moment particulièrement difficile, trois de leurs enfants ont été placés en institution, loin de chez eux.

Aujourd’hui, tout est prêt pour que les enfants reviennent à la maison.

À ce moment d’espoir et de redémarrage, Thomas et Marie nous disent ce que signifie pour eux être parents, comment le placement atteint parents et enfants, quelles démarches ont permis que les enfants reviennent. Et - en toile de fond - l’importance de liens durables et de confiance, surtout quand la vie est dure.

Écoutons-les.

C’est le rôle des parents d’élever leurs enfants

Marie : C’est une vraie joie d’avoir des enfants, alors que certains ne peuvent pas en avoir.

Être parent, ça donne aussi un rôle, celui de fonder une famille qui est soudée. Si on a voulu avoir des enfants, c’est qu’on a voulu ensemble les élever et ne pas les abandonner, leur donner une présence, assumer une vie familiale où ils peuvent se développer, grandir. Pour que plus tard, avec tout ce qu’on leur aura apporté, ils sachent se débrouiller.

Il ne faut pas que mes enfants s’attachent à des gens qu’après ils ne verront plus

Ma mère, on ne l’a pas aidée pour pouvoir jouer son rôle de maman, elle n’avait pas eu une vie facile. Elle ne pouvait pas me rendre visite parce qu’alors elle n’était pas payée. Elle n’a jamais obtenu d’aide du CPAS ni d’aide familiale.

Quand un enfant est placé dans des institutions plusieurs années, il est perdu, il se demande à qui faire confiance. Au début, nous ne pouvions même pas avoir nos enfants au téléphone, c’est honteux. On n’avait qu’une demi-heure de visite par enfant. C’était honteux. Nos enfants étaient perdus.

Dans mon enfance, je m’étais attachée à des éducateurs. Puis j’ai été changée de foyer, c’était très dur. Je me suis alors attachée à d’autres personnes. Mais elles aussi, j’ai dû les quitter au plus tard à l’âge de la majorité.

On peut toujours dire que les gens qui aident les enfants ont beaucoup à faire. Et il y a des milliers de familles à aider. Mais enfant, et même adulte, tu te demandes pourquoi ces personnes-là, tu ne les vois plus. Et tu n’oublies jamais tes parents. Tu les recherches un jour ou l’autre.

Il ne faut donc pas que nos enfants s’attachent à des gens qu’ ils ne verront plus. Après c’est un boulet.

Chercher d’autres chemins

Thomas : Qui voit la détresse des parents quand on leur retire leurs enfants ? Qui comprend vraiment qu’on veut le bien de nos enfants, que leur croissance se passe bien ? Qui comprend qu’ il y a des parents qui n’ont pas les moyens pour aller en train rendre visite à leurs enfants ?

Il y a d’autres choses qui pourraient mieux aider les parents que de placer les enfants. Un placement, même s’il peut être un soutien dans des moments de graves difficultés dans la famille, ne peut jamais être une solution à long terme.

Se mettre ensemble, sinon tu tombes dans un puits

Quand la vie est si difficile, il faut être soutenu. Sinon, on tombe dans un puits, vraiment la misère.

Nous avons eu la chance d’avoir des personnes à nos côtés qui ont eu confiance en nous et se sont engagées concrètement.

Nous avons été soutenus par l’aide familiale, Natacha, qui a compris qu’avec le placement, on nous arrachait la moitié du coeur. Elle ne nous a jamais laissés tomber, et a dit face aux services : « On aurait pu les aider autrement qu’en plaçant leurs enfants ». Au début, elle nous a emmenés en voiture au home : on n’aurait pas su comment faire pour y aller en train.

Nous avons aussi été soutenus par la famille. Entre autre un oncle et une tante nous ont fait découvrir ATD Quart Monde. Avec eux, nous avons bâti des projets très concrets pour prouver que nous sommes des parents capables : notamment partir un été en vacances avec nos enfants. Des gens disaient que nous ne pouvions pas nous le permettre, que c’était trop cher…Nous avons insisté. Nous avons trouvé des soutiens. Puis un médecin a dit que cela ferait du bien aux enfants. Finalement le Service d’Aide à la Jeunesse a dit « on peut faire un essai ». Le temps de vacances s’est très bien passé. Au retour, on a pu montrer l’album photo et cela a ouvert les yeux à des personnes. Ils ont commencé à croire qu’on pouvait récupérer nos enfants.

On a aussi trouvé un avocat. Son rôle, c’est de nous soutenir, qu’on ne nous mette pas des bâtons dans les roues, qu’on nous croie, qu’on ne nous prenne pas pour des incapables. Avant, les services nous donnaient des rendez-vous et les supprimaient ensuite. Avec l’avocat, on ne nous les a plus supprimés !

Nous cherchons comment avancer avec des personnes comme ce papa qui est à la rue. Ses enfants sont placés là où sont les nôtres maintenant. Nous voulons lui faire connaître notre groupe d’ATD Quart Monde car là, on se donne du courage. On s’aide à faire face. On s’écoute. On se donne des conseils. À certains moments, nous aurons de nouveau besoin de gens à nos côtés. Tout comme on sera là, à leurs côtés, au moment où ils seront en train de plonger. Ensemble, on tient debout.

Que cette fin d’année vous permette de vivre un temps de fête avec ceux et celles qui vous sont les plus chers. Avec votre soutien, nous pourrons continuer nos actions, être présents là où la vie est trop dure et rechercher une paix durable pour chaque enfant et sa famille.

Merci.

Gilles Michaux, Yvette De Vuyst et Herman Van Breen
Equipe nationale ATD Quart Monde en Belgique

 

 

 

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