Misère et Liberté

Editorial du journal "Partenaire" n° 57

Article posté le 5 juin 2008 Print Friendly

Faire reconnaître la misère comme une violation des droits de l’homme a été un long combat. La dalle en l’honneur des victimes de la misère inaugurée le 17 octobre 1987 à Paris sur le Parvis des Libertés et des Droits de l’Homme est une étape importante dans ce combat.

La liberté est une valeur à laquelle nos sociétés occidentales sont particulièrement attachées. C’est tout à leur honneur. Mais quel sens a ma liberté alors même que celui qui vit à mes côtés est privé de liberté en raison de la pauvreté qui quotidiennement le harcèle.

De quelle liberté dispose une mère de famille qui doit faire des choix absurdes : payer la facture d’électricité ou la nourriture ou les frais liés à la maladie d’un des enfants ?

Cependant la liberté ne tient pas qu’à l’argent. Les équipes du mouvement ATD Quart Monde engagées en Europe constatent que la liberté des plus pauvres, chaque jour, est bafouée.

Les droits accordés à tous deviennent conditionnels pour certains. On vous aidera si… Ces trois petits points énoncent souvent des conditions relevant de la vie privée et de la liberté qu’a chacun de faire ses choix de vie. « Votre situation est catastrophique et nécessite une mise sous tutelle. »

En clair, cela signifie que le jouet que vous espériez offrir à votre enfant pourra être jugez trop coûteux et qu’il faudra préférer le paiement de telle ou telle facture impayée.

Tout se passe comme si, en deçà d’un certain niveau de pauvreté, le contrôle, la contrainte devenaient légitimes. Tout se passe comme si les choix des personnes et familles étaient a priori suspects et souvent jugés irrecevables, irréalistes.

Lorsqu’une aide qui vous est octroyée est systématiquement conditionnée par une contrainte, que devient votre liberté ? Lorsqu’on en arrive à penser pour vous, où est votre liberté ?

Restons vigilants. La liberté ne peut être un privilège réservé aux nantis. Tous et d’abord les plus pauvres aspirent à cette liberté.

Pierre Hendrick