Merci Monsieur Paul

Editorial de ’Partenaire’ n° 68, mai-juin 2010

Article posté le 13 juin 2010 Print Friendly

Merci Monsieur Paul

Monsieur Paul est décédé. Miné par la maladie, affaibli par des années de galère.

Il était sorti une dernière fois de l’hôpital pour assister à la cérémonie des morts de la rue à l’Hôtel de Ville de Bruxelles en février.

C’était un petit homme timide et très discret, notamment sur son passé et son identité. Mais il nous a remis au cœur de ce qu’est ATD Quart Monde.

Il avait fallu des années d’approche et de rencontre dans la rue et dans les différents lieux qu’il fréquentait. Patiente présence dans la rue, dans laquelle se sont succédé plusieurs volontaires, à la rencontre des plus démunis, des plus isolés, des plus fatigués. Peu à peu, des bonjours, de petites phrases se sont échangés. Puis, accompagné, Monsieur Paul a accepté de « venir voir » ; il assista d’abord, rayonnant, à l’inauguration d’une exposition de réalisations d’enfants qui avaient participé à la campagne pédagogique « Au-delà des apparences », puis à l’une ou l’autre Université Populaire Quart Monde, à une journée familiale. Nous l’avons vu souriant parmi les familles et les enfants, nous rappelant que, même isolé, tout homme porte en lui la nostalgie ou l’aspiration d’une famille…

Peu à peu, il a participé, à sa façon, à différentes actions : il s’est intégré dans une cellule de l’Université Populaire, y amenant de nouvelles personnes ; il a rejoint des activités culturelles de la Maison des Savoirs…

Surtout, il a pu exprimer et réaliser des projets qui rejoignent notre aspiration commune : une société plus humaine et plus juste pour tous, où les plus pauvres aient aussi la parole. C’est ainsi qu’il fit part de son rêve d’un logo pour le Collectif des morts de la rue qui accompagne les personnes décédées dans la rue pour qu’elles soient enterrées dans la dignité. Grâce à de jeunes artistes, ce logo fut réalisé à la Maison des Savoirs, selon ses indications, puis accepté par le Collectif, à l’unanimité. Quelques jours après une célébration sur la dalle le 17 octobre, il vint de lui-même assister à la projection du film « 50 ans de combat contre la misère ». Enthousiaste de cette découverte d’un mouvement international, il organisa, avec un volontaire, une projection dans un resto du cœur qu’il fréquentait.

Adieu et merci, Monsieur Paul, de nous rappeler l’essentiel.

Dominique Visée - Leporcq