Le Séminaire Art et Familles

"Des chemins de rencontre avec ceux qui vivent la misère et l’exclusion."

Article posté le 6 juillet 2006 Print Friendly

Les 2 et 3 juin 2006, une centaine de personnes ont participé au séminaire "Art et Familles", organisé par la Maison des Savoirs avec le soutien de l’ASBL Culture et Démocratie, à la Maison des Cultures et de la Cohésion sociale de Molenbeek-saint-Jean. Etaient présents des acteurs du projet - personnes vivant dans la pauvreté, permanents d’ATD Quart Monde et personnes engagées bénévolement dans le projet - des professionnels du secteur culturel et social, de l’administration et représentants du monde politique.

L’objectif de ces journées était d’ouvrir un espace de rencontre permettant de croiser les regards et de partager des expériences concernant l’accès et la participation des plus pauvres à la Culture. L’un des enjeux principaux était de mettre en lumière les conditions absolument nécessaires pour que l’accès à la Culture devienne une réalité effective pour tous.

La vidéo « Rencontre » réalisée par Manuel Vearsen dans le cadre du projet « Art et Familles » met en lumière un regard sur la culture à partir de l’engagement de ceux qui en sont si souvent éloignés.

Divers ateliers créatifs ont été proposés pour permettre aux participants de mieux se connaître. Cet « être et faire ensemble » a donné un rythme respectueux de chacun et a installé un climat de confiance qui a marqué ces journées et l’ensemble des réflexions.

La présentation du projet « Art et Familles » a montré que le pire dans la misère et l’exclusion, c’est le regard porté sur les très pauvres et l’isolement qui en résulte. D’en haut, ce regard qui ne connaît pas et qui pourtant juge, désigne par des catégories, des représentations et finit par ne plus voir les personnes qui sont derrière. D’en bas, ceux qui sont regardés de cette manière sans être vus, en arrivent à croire qu’ils « n’existent pas ».

Cette négation de l’humanité de l’autre est au cœur de la misère et de l’exclusion car elle est au cœur de la Culture qui a « oublié sa part d’essentiel ». « Sans culture, pas de savoir qui soit un chemin vers soi et vers les autres » [1].

La Culture et la création sont essentielles pour chaque personne. Elles permettent à un individu de comprendre le monde dans lequel il vit, de comprendre d’où il vient et qui il est. Elles donnent à chacun la conscience d’être quelqu’un. Elles permettent ces instants de vie qui mettent la personne en relation avec elle-même et avec les autres, parce qu’elles fondent son appartenance à la même communauté et la font grandir.

Fondé sur la reconnaissance de la valeur et de l’expérience de chaque personne, le projet « Art et Familles » a illustré que la Culture peut être un levier extraordinaire contre l’exclusion si elle permet, quelle que soit son origine, de se rencontrer et de retrouver l’humanité qui est en chacun.

Les interventions de Marie Koerperich de l’Asbl le Maître Mot, d’Anne Querinjean du Service Educatif et Culturel des Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique et de Marc Antoine, représentant de la Fédération des Centres d’Expression et de Créativité ont apporté des témoignages, des expériences personnelles et collectives construites sur cette approche culturelle du faire avec et non pour. Une dynamique culturelle qui recherche les chemins de la créativité où chaque personne est à la fois « porteur et acteur » de culture.

Les groupes d’échange ont été d’une grande richesse et d’une grande sincérité. Ils ont mis en évidence que de nombreuses initiatives personnelles et collectives, souvent fondées sur l’engagement, se créent et se développent dans ce refus d’accepter qu’une partie de la population soit exclue de tout projet social et culturel. Cependant, elles sont peu valorisées, peu reconnues et trop rarement soutenues, notamment par les pouvoirs publics.

De ces journées ont émergé des chemins d’action et d’engagement communs sur la manière d’aller à la rencontre des familles qui vivent la misère et sur les conditions à inventer avec elles, pour qu’elles soient reconnues comme des personnes à part entière, donc comme des acteurs de culture.

Ces chemins passent par le changement radical du regard que l’on porte sur les très pauvres. Par une volonté de rechercher les moyens de connaître et de reconnaître les personnes qui sont derrière nos représentations, de retrouver l’humanité qui est en chaque personne, pour enrichir notre propre humanité, et de ce fait, enrichir la Culture.

S’inscrivant dans le prolongement des Etats Généraux de la Culture et de l’évaluation des 10 ans du Rapport Général sur la Pauvreté, le séminaire resitue l’accès et la participation des plus pauvres à des projets culturels et à la vie sociale dans le cadre global de la politique d’élargissement de l’accès de la culture à tous.

Elargir l’accès à la Culture à tous, c’est aussi - et peut-être d’abord - resituer la personne, notamment la plus pauvre, au cœur d’un projet de société traçant les chemins qui recréent et développent des relations qui respectent la dignité de chacun.

Philippe et Françoise BARBIER

[1Joseph Wresinski , fondateur du Mouvement International ATD Quart Monde (1917-1988)

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