La participation des personnes vivant dans la pauvreté : de quoi s’agit-il ?

Article de ’Partenaire’ n° 66, Janvier / Février 2010

Article posté le 23 février 2010 Print Friendly

La participation des personnes vivant dans la pauvreté : de quoi s’agit-il ?

Le Rapport Général sur la Pauvreté (RGP), au début des années 90, a été novateur à plus d’un titre. Une des grandes innovations a été la part prise dans sa réalisation par des personnes vivant dans la pauvreté. Leur participation a été à la fois la source et le moteur principal du rapport. C’est pourquoi il reste, pour des associations comme ATD Quart Monde, une référence importante.

Depuis lors, on parle beaucoup de la participation des personnes pauvres. Et, dans la réalité, cette participation peut prendre des formes très diverses. Par expérience, nous savons que la participation effective des plus pauvres n’est pas facile et que des conditions doivent être respectées si on veut rendre cette participation possible. Avec d’autres associations, nous avions publié une réflexion à ce sujet. [1]

Dans le contexte actuel, il nous paraît pertinent de distinguer deux grandes formes de participation. En premier lieu, ce que nous pourrions appeler la « participation intégration », c’est-à-dire un ensemble d’actions qui sont proposées pour qu’une personne qui vit dans la pauvreté et l’exclusion puisse s’intégrer à un système conçu par d’autres. Cela passe notamment par toutes sortes de mesures qui visent l’inclusion sociale. Le but est que l’individu retrouve une place dans un système, même si celui-ci ne lui permet pas d’améliorer vraiment ses conditions de vie, même si ce système l’exploite. Par exemple, aujourd’hui, on propose – je devrais dire, on impose – à des personnes au chômage de suivre des formations pratiques payées un euro (1,- €) de l’heure, en plus de leur allocation chômage. Ce supplément de ressources – extrêmement réduit – ne permet pas une amélioration des conditions de vie. Ces formations, le plus souvent, ne mènent pas à un emploi stable. Par contre, elles apportent une main-d’œuvre bon marché qui contribue à déréguler le monde du travail. Des personnes en situation difficile sont intégrées à un système qui les maintient dans la précarité.

A côté de cela, nous pourrions parler d’une « participation transformatrice », participation qui rend la personne réellement actrice dans la société. On est vraiment acteur dans un groupe – ou plus largement dans la société – quand on a les moyens d’apporter des changements au groupe ou à la société. A travers toute l’histoire de nos engagements au sein d’ATD Quart Monde, c’est bien cela le but que nous poursuivons : permettre aux plus pauvres d’agir dans la société et faire en sorte que celle-ci évolue et puisse se transformer. Cela demande du temps. Cela exige surtout d’accepter une remise en question de la manière dont fonctionne notre société, remise en question qui trouve son fondement dans l’expérience et la pensée des plus pauvres.

R. De Muylder

[1« Le partenariat avec les plus pauvres ne peut se faire dans la précipitation » Associations partenaires du RGP in ‘Pauvreté, Dignité et Droits de l’Homme’, publication du Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, à l’occasion des 10 ans de l’accord de coopération (décembre 2008).