La mobilisation des jeunes pour 2010 se poursuit...

Article de ’Partenaire’ n° 68, mai-juin 2010

Article posté le 13 juin 2010 Print Friendly

La mobilisation des jeunes pour 2010 se poursuit...

Le numéro 66 de Partenaire vous a parlé de la mobilisation des jeunes en lien avec ATD Quart Monde dans le cadre de l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Depuis, le groupe s’est donné un nom « Djynamo ». Voici quelques nouvelles de cette mobilisation qui se poursuit dans toute l’Europe.

Quand on lui demande d’expliquer cette dynamique, Miguel, jeune en stage de découverte dit : « Djynamo, pour moi, c’est casser les barrières de silence entre des personnes que tout sépare. C’est se mettre ensemble pour être acteur dans la lutte contre l’exclusion. C’est permettre aux jeunes de se rencontrer pour partager, pour que des jeunes qui ont la vie dure puissent être solidaires. »

La rencontre Benelux le 12 juin à Bruxelles

Elle se prépare, à travers des rencontres locales. Des jeunes cherchent à travers des créations communes comment exprimer ce qui est important pour eux. C’est parfois si difficile quand on a pris l’habitude de taire ce que l’on vit ou de le crier tellement fort qu’on n’est plus compris et qu’on est rejeté.

A la Maison des Savoirs à Bruxelles, c’est autour de la réalisation d’un mur en papier mâché que des jeunes cherchent à s’exprimer sur le thème : « Il faut casser le mur pour se rencontrer ».

A Liège, La Louvière et Namur, sur des sculptures en forme d’étoiles, d’autres jeunes ont représenté avec des dessins et des mots leurs réponses à la question : « Qu’est-ce que tu rêves pour ton avenir ? ». Même s’ils disent au départ qu’ils n’ont rien à dire, qu’ils n’aiment pas dessiner... peu à peu les langues se délient, les dessins prennent forme et les témoignages deviennent plus précis, plus clairs parce qu’on a pris le temps de mieux se connaître et de s’écouter.

A Willebroek et Ostende, des groupes de jeunes s’associent à cette démarche.

Tous ces jeunes se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls dans leur combat et, de ce fait, se sentent motivés pour trouver les moyens d’être entendus.

Une rencontre européenne en été à Jambville en France.

Elle permettra à 500 jeunes de s’enrichir mutuellement par le partage de leurs expériences, de leurs pensées, de leurs idéaux. Elle leur donnera aussi l’occasion de se retrouver autour de leur engagement dans le refus de la misère et de l’exclusion. Enfin cette rencontre leur permettra de travailler ensemble un message fort dans lequel ils diront quelle Europe ils souhaitent et comment ils veulent contribuer à sa construction.

Ce message, porté par les jeunes, sera présenté le 17 octobre, Journée Mondiale du Refus de la Misère, dans plusieurs lieux en Europe, là où ces jeunes se sont mobilisés localement. Des délégations composées de jeunes venant de toute l’Europe se retrouveront à Bruxelles.

Témoignages de jeunes

« Dans ma caravane, il n’y a pas d’eau. Pas tout le temps de l’électricité. Il n’y a pas de place, pas de confort. Je suis obligé d’aller à droite à gauche pour aller chercher de l’eau. C’est pas une vie. Je vais voir ma mère, ma cousine pour lui en demander. C’est dur d’être dépendant de tout le monde. »

« Quand on a fait les hôtels, qu’on a dormi dans la rue, dans les gares et les caves, on ne se sent pas accepté ».

« Si tu as des soucis dans ta vie, tu ne peux pas bien apprendre, tu n’es pas concentré pareil. »

« Quand on n’a pas d’adresse fixe, on ne peut pas avoir d’emploi et sans emploi on n’a pas de logement. C’est un cercle vicieux. »
« Les loisirs, c’est important. Ça aère la tête. Tu oublies tes problèmes. Sinon tu pètes les plombs. »

« C’est très difficile d’apprendre à 20 ans, c’est trop tard.
Quand tu es en formation, il n’y a pas d’argent qui rentre. Comment tu fais pour vivre ? »

« On nous dit de trier les déchets. Mais on ne peut pas. Il n’y a qu’une poubelle, elle est à un kilomètre de notre terrain. Personne ne vient la chercher. Du coup, on est obligé de brûler une partie de nos déchets. »

« La politique, l’Europe ? Souvent on n’y comprend rien. Ce que nous savons c’est que nous sommes pas compris. »

« A quoi ça sert de voter quand rien ne change ? Nous voulons être représentés par des personnes qui connaissent ce que l’on vit. »

A l’heure où la communication avec les jeunes est souvent abordée sous l’angle des difficultés rencontrées, il nous a paru important de partager cet extrait d’une interview parue dans la revue Enfants d’Europe N° 17 dans laquelle Bernard De Vos s’exprime sur la nécessité d’ une réelle participation des jeunes

« Renforcer la participation plutôt que la sécurité

(...) il reste un constat cynique et atterrant : plus les jeunes sont « bas » dans l’échelle d’aisance socio-économique, moins les offres concrètes de participation et d’intéressement concret à la vie en société sont présentes ! Alors, à force de ne jamais être sollicités, ni invités à participer, certains jeunes qui vivent des réalités difficiles et douloureuses en sont venus à considérer qu’ils pouvaient bien se contenter de ce statut d’objet dans lequel on les relègue : objets d’éducation, objets d’instruction, etc. La traduction simpliste est immédiate : paresseux, trublions, peuplade primitive et brutale. Les jeunes précarisés sont résumés à des images négatives et effrayantes dont il faut se prémunir et se préserver. S’ensuit la tentation sécuritaire qui confirme ces fausses évidences et ces images tronquées...

La participation constitue un formidable antidote aux logiques sécuritaires. Inviter les jeunes, TOUS les jeunes à participer, à coopérer, c’est les prendre « en compte », « en considération » avant qu’ils n’irritent ou ne deviennent des problèmes qu’il faudra se résoudre à prendre « en charge ».
C’est aussi leur permettre de sortir d’une image narcissique déplorable et d’acquérir une stature sociale valorisante. Rappeler, par la même occasion, à la société que la jeunesse n’est pas un problème, permettrait sans doute de relustrer son image et de modérer nos allants quand il s’agit de punir, de contraindre, d’enfermer, d’embastiller... »

Bernard De Vos

Délégué général aux Droits de l’enfant de la Communauté française de Belgique