La démocratie à l’épreuve de l’exclusion

Article du n° 61, janvier / février 2009

Article posté le 3 mars 2009 Print Friendly

La démocratie à l’épreuve de l’exclusion

Quelques jours avant Noël, s’est tenu, à Paris, dans l’institution renommée de Sciences Po, un colloque international intitulé « La démocratie à l’épreuve de l’exclusion : l’actualité de la pensée de Joseph Wresinski ».

Plus de deux cents participants, des quatre coins du monde, se sont rassemblés pendant deux jours et demi pour réfléchir ensemble à l’actualité de la pensée de Joseph Wresinski dans la société contemporaine. La spécificité du colloque était de réunir et d’ouvrir la tribune à d’éminentes personnalités du monde académique, d’une part, et à des militants et des volontaires du Mouvement ATD Quart Monde, d’autre part.

Le colloque s’est ouvert le mercredi soir par la projection du film retraçant le combat du Père Joseph Wresinki. Les journées des jeudi et vendredi étaient rythmées par une alternance de séances plénières et d’ateliers, sur des thèmes aussi divers que l’enfermement des étrangers, les pauvres et la spiritualité ou la reconnaissance politique des plus pauvres.

Il est manifestement illusoire d’espérer résumer un colloque d’une telle densité en quelques lignes. Deux points essentiels ont été soulevés par différents intervenants, évoquant la situation des plus pauvres au départ de points de vues très différents. Premièrement, historiens, philosophes et sociologues ont souligné la distinction intemporelle et plus actuelle que jamais entre les « bons » et les « mauvais » pauvres, seuls les premiers étant considérés dignes d’êtres secourus et ramenés dans le giron de la société. Cette distinction, très moraliste, est incompatible avec la conception des droits de l’homme, sur laquelle repose la société démocratique contemporaine. Si chaque être humain est titulaire de droits politiques, économiques et sociaux, c’est en sa qualité d’être humain et non parce qu’il respecte les critères le distinguant d’un « mauvais pauvre ». Le droit au logement, au travail décent, à l’éducation, à la vie en famille sont inhérents à chaque être humain.

Ensuite, nombre d’intervenants ont rappelé l’impérieuse nécessité d’impliquer activement les pauvres dans le débat démocratique, tant au niveau national qu’international. Joseph Wresinski a insisté tout au long de sa vie sur l’apport essentiel de la parole des plus pauvres à tout processus de décision les concernant et à la vie démocratique en général. Chacun a reconnu qu’il reste encore un long chemin à parcourir pour que cet objectif soit atteint. Dans les arènes locales, nationales et internationales, on continue à évoquer la situation des plus pauvres et à chercher des remèdes à la grande pauvreté, sans prendre la peine de consulter les premiers intéressés.

Ce colloque a été exceptionnel par son caractère international, par sa localisation prestigieuse et par le fait d’avoir donné l’occasion, encore trop rare, au monde universitaire d’approfondir, en y associant les plus pauvres, les questions liées à la pauvreté et à la place des plus démunis dans la société. La simple participation des personnes vivant la pauvreté à ce type de colloque, même relativement réduite, a rendu le débat académique unique en son genre. Le constat unanime est que le discours de Joseph Wresinski n’a pas perdu de sa pertinence pour permettre aux plus pauvres de jouir enfin de l’ensemble de leurs droits fondamentaux.

 

Marie Messiaen