La convention internationale des droits de l’enfant a 20 ans. Une avancée pour la reconnaissance des droits de chaque enfant et de sa famille ?

Article de ’Partenaire n° 67, mars-avril 2010

Article posté le 7 mai 2010 Print Friendly

La convention internationale des droits de l'enfant a 20 ans. Une avancée pour la reconnaissance des droits de chaque enfant et de sa famille ?

En Belgique, ATD Quart Monde a organisé ou participé à différent événements publics, notamment dans le cadre de la CODE [1] dont il fait partie : conférences-débats, présentation de la vidéo « Viens avec nous », foire aux outils pédagogiques...

Des enfants ont eu l’occasion de participer à la campagne Tapori et d’aborder la question des droits de l’enfant, dans des activités comme les bibliothèques ou des ateliers de rue, dans des camps durant l’été ou dans leur classe avec leurs enseignants.
Des adultes ont aussi réfléchi à la place et aux droits des enfants durant les Universités populaires ou lors d’ateliers organisés à la journée de reprise en septembre.

Campagne Tapori 2008/2009
_C’est par l’histoire vraie d’un enfant d’Haïti, « Où est Mackenson  ? », que cette campagne a démarré. La vidéo « Viens avec nous » retrace quelques rencontres et étapes de cette campagne. Elle vient de se terminer en décembre 2009 par la rencontre de plusieurs délégations d’enfants Tapori avec Madame Kang, la Haut commissaire adjointe aux droits de l’homme à Genève.
_« Le courage vient de la jeunesse. Nous avons besoin que vous nous rappeliez jour après jour qu’il faut que nous ayons ce courage pour oser briser le silence qui entoure les violations des droits de l’homme. » a dit Madame Kang , en s’adressant aux enfants.

« Aucun article de la Convention internationale des droits de l’enfant ne résiste, même faiblement, à l’épreuve de la pauvreté. » Un rapport remarquable… « dans le vif du sujet » [2]

Bernard De Vos, Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant depuis 2008, a décidé de faire porter son rapport 2009 sur la pauvreté des enfants et de leurs familles. En effet, dès le début de son entrée en fonction, il a été interpellé par le fait que, si l’institution est rarement sollicitée directement à propos d’une situation de précarité, « il est fréquent que les divers cas qui nous sont présentés aient pour toile de fond la pauvreté ».

Des consultations et débats ont été menés auprès d’associations, de professionnels et d’« usagers » durant une année dans 5 arrondissements judiciaires de la Communauté française, par le biais des Conseils d’arrondissement de l’aide à la jeunesse. Chaque arrondissement a travaillé principalement un thème : relation au service d’aide, la famille, parole et écrits – participation, école, image du jeune. Au terme de ces rencontres, le Délégué général exprime un sentiment amer : « Si nous avions pleine conscience de l’impact de la pauvreté… nous étions loin de pressentir l’importance qu’elle revêt aujourd’hui pour un très grand nombre d’enfants et de familles. Auparavant, nous avions pris l’habitude de déclarer que la Belgique (…) n’était pas un « état barbare » en matière de respect des droits de l’enfant… Nous sommes moins affirmatifs aujourd’hui… A l’analyse, aucun article de la Convention internationale des droits de l’enfant ne résiste, même faiblement, à l’épreuve de la pauvreté. »

Rencontres avec Bernard De Vos,
Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant

ATD Quart Monde a participé à une réunion préliminaire au lancement du travail du rapport et a reçu le Délégué général à sa demande pour partager les préoccupations respectives.

Après la parution du rapport, une deuxième rencontre a eu lieu. ATD Quart Monde souhaitait en effet pouvoir réagir à ce rapport pour exprimer sa satisfaction d’y voir figurer de nombreuses situations vécues par les familles que nous connaissons. Que nombre de ces constats soient évoqués dans un tel rapport peut avoir un autre impact.
Nous y voyons des points d’appui importants :
- la volonté de consulter et d’entendre réellement les personnes concernées : pas seulement dans le constat des difficultés, mais dans l’analyse qu’elles en ont, la reconnaissance de leurs efforts et de leur dignité ;
- les liens entre pauvreté et droits de l’enfant et de la famille ;
- l’incidence sur tous les grands domaines de vie et tous les droits ;
- le souci de rester vigilant.

Partenaire : ATD Quart Monde avait formulé des réserves quant à la méthode de participation proposée, notamment à cause de son rythme trop rapide, et au risque de dépendance, voire de manipulation des « usagers », particulièrement des jeunes, invités par les différents services d’aide. Nous sommes heureusement surpris du résultat.

Bernard De Vos : Effectivement, au départ, face à la méthodologie présentée, plusieurs associations ont été réticentes. Mais le service du Délégué général est une institution « généraliste » (pas spécialisée) et a un calendrier, des échéances à respecter : le rapport doit être présenté le 20 novembre de chaque année. Les associations, comme ATD Quart Monde ont un autre rythme et c’est très bien ; vous agissez dans la durée, en profondeur, comme en témoigne encore le renforcement de l’équipe en Haïti. Cependant, nous avons été très attentifs aux vigilances exprimées par les associations. La méthode des conférences citoyennes offre des garanties, mais elle n’est pas vraiment adaptée aux jeunes ; c’est pourquoi, c’est finalement majoritairement des parents qui ont participé. Et nous en sommes satisfaits. La participation a été vraiment remarquable en qualité ; les personnes se sont exprimées dans une grande liberté et ont aussi plein de bonnes idées.

P : Il nous semble important que les personnes ne soient pas seulement consultées, mais gardent la maîtrise et participent aux différentes étapes d’un projet. Comment, au-delà des conférences citoyennes, avez-vous organisé la participation des personnes vivant dans la pauvreté ? Comment ont-elles été impliquées dans les différentes phases du rapport, dont l’écriture par ailleurs est peu abordable pour beaucoup de personnes en situation de pauvreté ?

BDV : En octobre 2009, nous avons organisé des rencontres pour présenter le projet de rapport aux participants et recevoir leurs réactions. Lors des ces rencontres, un premier schéma du rapport a été réalisé par power point et présenté aux bénéficiaires de l’aide sociale qui avaient participé au projet afin de récolter leur avis sur ce que nous avions produit au départ de leurs témoignages. Un DVD a été réalisé tout au long de la démarche dans le but de toucher un large public ; le début du montage a aussi été présenté tant aux professionnels qu’aux bénéficiaires de l’aide qui avaient participé au projet. Chaque participant a été contacté pour lui demander comment il désirait être présenté, s’il autorisait la publication de sa photo. Ces rencontres étaient suivies d’une représentation théâtrale « Revenez lundi » de la Compagnie du Campus, pour remercier les personnes de leur collaboration à la démarche. Tous les « bénéficiaires » ont aussi été invités à la présentation du rapport au Parlement de la Communauté française (mais ils ne sont pas venus). Enfin, chaque participant a reçu un DVD et un « tiré à part » du rapport.

P : Lors de notre rencontre à la Maison Quart Monde, nous avions évoqué quelques situations difficiles qui sont généralement peu rencontrées : le manque d’accueil de jeunes enfants et de soutien de leurs parents ; la pénurie de places dans les écoles maternelles des quartiers populaires, particulièrement à Bruxelles ; les problèmes liés aux poux à l’école … Ces sujets ont été repris dans le rapport. Nous avons un petit regret : dans l’accès aux loisirs et aux vacances, il n’est pas du tout fait allusion aux temps familiaux, qui nous paraissent essentiels aussi.

BDV : Ces sujets n’ont pas été abordés directement, mais dès que nous les avons évoqués, ils ont suscité, les poux notamment, des discussions passionnées et de multiples propositions de bon sens ! Quant aux temps familiaux de loisir et de vacances, ce thème n’est pas « sorti », on n’en a pas parlé…

« Le plus dur n’est pas de vivre sans rien, c’est d’être considéré comme rien. »

Comme ATD Quart Monde, le Délégué général souligne l’importance d’une participation véritable des personnes qui vivent la pauvreté, alors que « la pauvreté limite drastiquement la participation à la vie publique et la capacité à peser sur l’environnement public et politique ». C’est un enjeu pour que les dispositifs d’aide les atteignent, alors qu’actuellement ils sont souvent contre-productifs et parfois même renforcent l’exclusion.

C’est en pensant à ces enfants et ces familles qui « restent dans l’ombre, confinées dans la misère et tapies dans la honte, la peur ou le découragement » que le Délégué général s’engage, pour les années à venir, à poursuivre un travail de sensibilisation et de recommandations… En 2010, il travaillera plus particulièrement trois thématiques : l’enseignement, l’accueil et l’aide aux familles et enfants précarisés, l’automaticité des droits pour les enfants. Il compte aussi mettre sur pied des événements s’adressant principalement aux professionnels : une journée d’étude d’un groupe d’experts sur l’enseignement ainsi qu’un séminaire sur l’aide et l’accueil analysant des initiatives positives où professionnels et familles se « mouillent ». Bernard De Vos a aussi volontiers accepté la proposition d’une rencontre en 2010 avec des familles se réunissant à ATD Quart Monde.

Le combat pour le respect des droits de chaque enfant, de chaque famille continue en 2010 et après.

Dominique Visée et Bernadette Pinet,
A partir du rapport « Dans le vif du sujet »
et de la rencontre du 10 février 2010
avec le Délégué général aux droits de l’enfant.

[1Coordination des organisations pour les droits de l’enfant

[2« Dans le vif du sujet, rapport relatif aux incidences et aux conséquences de la pauvreté sur les enfants, les jeunes et leurs familles » - Rapport thématique du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, 2009, Rue des Poissonniers, 11-13, 1000 Bruxelles ; dgde@cfwb.be. Ce rapport est téléchargeable sur le site www.cfwb.be/dgde. Toutes les citations en italique sont extraites de ce rapport.