La Force du Beau

Editorial de partenaire n° 49, septembre/octobre 2006

Article posté le octobre 2006 Print Friendly

« Le beau, c’est important pour avoir la force de lutter contre les découragements. Pour rester debout et pour vivre avec du soleil plein la tête » disait une maman rencontrée dans le cadre du projet « Art et Familles ». Et une autre ajoutait : « La beauté, c’est avoir envie de vivre. »

Le projet « Art et Familles » a montré que le pire de la misère, c’est le regard porté sur les très pauvres et l’isolement qui en résulte. D’en haut, ce regard qui ne connaît pas et qui pourtant juge, désigne les pauvres par des catégories, des représentations et finit par ne plus voir les personnes qui sont derrière. D’en bas, ceux qui sont regardés de cette manière sans être vus, en arrivent à croire qu’ils ne comptent pour rien.

La culture et la création sont essentielles pour chaque personne. Elles permettent à un individu de comprendre le monde dans lequel il vit, de comprendre d’où il vient et qui il est. Elles renforcent chez chacun la conscience d’être quelqu’un. Elles permettent ces instants de vie qui mettent la personne en relation avec elle‑même et avec les autres, parce qu’ils fondent son appartenance à la même communauté et la font grandir.

Fondé sur la reconnaissance de la valeur et de l’expérience de chaque personne, le projet « Art et Familles » a illustré que la culture peut être un levier extraordinaire contre l’exclusion si elle permet à chacun, quelle que soit son origine, de se rencontrer et de retrouver l’humanité qui est en lui.

Dans ce numéro de Partenaire, nous évoquons le séminaire qui a eu lieu pour marquer une étape au bout de cinq ans de ce projet. Du séminaire ont émergé des chemins d’action et d’engagement communs pour aller à la rencontre des familles qui vivent la misère. En est sortie également une réflexion sur les conditions à inventer avec elles, pour qu’elles soient reconnues comme des personnes à part entière, donc comme des acteurs de culture.

Ces chemins passent par le changement radical du regard que l’on porte sur les très pauvres. Par une volonté de rechercher les moyens de connaître et de reconnaître les personnes qui sont derrière nos représentations, de retrouver l’humanité qui est en chaque personne, pour enrichir notre propre humanité et, de ce fait, enrichir la culture commune.

Philippe et Françoise Barbier