L’Université Populaire Quart Monde m’a transformé

Editorial de ’Partenaire’ n° 65, novembre / décembre 2009

Article posté le 17 décembre 2009 Print Friendly

L’Université Populaire Quart Monde m’a transformé

A l’occasion du 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère, le mouvement a tenu une séance publique d’Université Populaire Quart Monde (UP). L’UP est au cœur de l’action en Belgique depuis près de 35 ans.

Ce sont des réunions où des personnes très pauvres qui connaissent ou non le mouvement depuis longtemps sont invitées de même que des alliés issus de groupes plus aisés de la société. Que fait-on à l’UP ? L’idée de base de J. Wresinski en lançant les UP était de forger ou plutôt d’apprendre ensemble à forger un langage révélateur de la pensée des plus pauvres, témoin de leurs difficultés, de leur détresse mais aussi de l’incroyable énergie pour sauvegarder l’essentiel : les enfants, la famille, la dignité pour tous. L’UP est donc un temps d’approfondissement, d’écoute, de réflexion, de formation. On y rencontre deux types d’experts : les plus pauvres d’abord, porteurs d’un savoir particulier lié à leur vécu, savoir irremplaçable pour qui veut lutter avec pertinence contre la misère. Il y a aussi parfois d’autres experts invités, experts de tel ou tel domaine de la vie (école, sécurité sociale, art,…) qui éclairent les participants sur le sujet du jour.

Au fil du temps, que constate-t-on ? Tout d’abord, les immenses progrès réalisés par les plus pauvres dans la capacité à s’exprimer, à dire clairement ce qu’ils veulent et ce qu’ils ne veulent pas. Ensuite, on constate que les autres participants progressent, eux aussi, dans la connaissance de la grande pauvreté.

Pour moi aussi, médecin dans un quartier pauvre, ces UP sont des moments forts de lutte contre la misère. Je redécouvre à chaque fois cette lutte incessante des plus pauvres pour le respect de la vie humaine. Et ce, non de manière théorique, pas non plus par de longs discours, mais par l’expression d’un vécu et d’une pensée ancrée dans l’expérience. C’est pour moi un écolage permanent. De réunion en réunion, les plus pauvres me réapprennent l’actualité des droits de l’homme, combien ceux-ci sont bafoués dans la grande pauvreté, combien la misère détruit les enfants, les femmes, les hommes,… Ils m’incitent à m’engager résolument dans la défense de ces droits, essentiels pour tous. Ils m’amènent à joindre ma voix à la leur pour que la misère soit bannie de nos sociétés où elle n’apporte que malheur et violence.

Pierre Hendrick