Joseph l’Insoumis

Article de ’Partenaire’ n° 72, mars-avril 2011

Article posté le 26 avril 2011 Print Friendly

Joseph l’Insoumis

Ce téléfilm qui relate les tout débuts du Mouvement ATD Quart Monde dans les années 60 reste d’une étonnante actualité. Les autorités communales, veulent disperser – elles disent reloger – des familles qualifiées d’asociales et de violentes, entassées dans le bidonville de Noisy-Le-Grand, aux portes de Paris. Le Père Joseph, lui, veut mettre debout ces hommes et ces femmes, survivant dans des abris de fortune et déconsidérées de toutes parts. Il veut qu’ils soient citoyens à part entière. Il se heurte à l’incompréhension, voire à l’hostilité des uns et des autres. Mais cet homme issu lui-même de la misère croit en son peuple et il tient tête, se faisant du coup traiter de curé de la racaille.
Les familles sont finalement quand même dispersées. Pour le Père Joseph, c’est un échec, mais comme il le dit à la fin du film : « Nous avons tout de même gagné une chose : la dignité, la fierté d’avoir lutté ensemble…et on va continuer … »
Et 50 ans après, ce combat pour la dignité initié par le Père Joseph et des familles formant ce « chancre social » continue. Il fait même tâche d’huile dans plusieurs continents.

En tant que jeune, ce que je trouve remarquable et interpellant n’est pas réellement [son] combat pour la réinsertion ’’matérielle’’ des populations les plus pauvres, (...) mais plutôt celui pour retrouver et préserver la dignité de ceux-ci. Cet aspect-là m’a énormément touché et nous donne un outil supplémentaire pour répondre à l’immense défi sociétaire qui se présente devant nous aujourd’hui. Détachons-nous de l’idéologie présente dans toutes nos sociétés occidentales et arrêtons de croire que les biens matériels nous mèneront vers un idéal de bonheur. En fait, ces biens nous exploitent. Nous sommes aujourd’hui esclaves de nos désirs modelés par l’idéologie d’une société consumériste. Celle-ci nous transforme en consommateurs individualistes qui ne répondent qu’à leur désir illusoire d’avoir plus pour être plus. Dans ce système qui se dit libre, nous sommes en fait des prisonniers.
Ainsi, ce film nous montre combien le respect, la dignité, l’altruisme, l’honnêteté, l’amitié, l’amour, le combat, peuvent nous amener à une réelle liberté. Il nous montre aussi combien ces populations défavorisées peuvent et doivent être le tremplin pour construire un nouveau système où l’individu est replacé au centre de nos attentions. Joseph nous montre ainsi un autre visage de la misère qui, comme il le dit lui-même, n’est pas "une provocation à la haine mais à l’amour."

Brieuc Wathelet
Etudiant à Louvain-La Neuve

Ce téléfilm sera diffusé sur les écrans dans les prochains mois. ATD Quart Monde souhaite susciter des projections suivies de rencontres pour dialoguer autour de l’engagement contre la grande pauvreté.
Une soirée ciné-débat aura déjà lieu le 4 avril 2011 à Louvain-La-Neuve à l’initative de Brieuc Wathelet et ses amis avec la participation d’universitaires. Pour tous renseignements et contact Equipe Nationale