Je rêve d’un métier…

Article de Partenaire n° 59, sept. / oct. 2008

Article posté le 24 novembre 2008 Print Friendly

Je rêve d’un métier…
Art. 23 §1 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.

Des jeunes de Pologne, du Luxembourg, de France, de Belgique, d’Autriche et de Grande Bretagne, engagés au sein du mouvement ATD Quart Monde, ont rencontré Pierre Mairesse, chef de l’unité Jeunesse à la Commission Européenne. Celui-ci voulait dialoguer avec des jeunes qui sont exclus du monde du travail, pour comprendre comment chacun peut trouver un emploi.

Avant la rencontre, une vingtaine de jeunes a réfléchi au monde du travail, à la formation et a la scolarité, tels qu’ils les vivent ou les ont vécus. « Quel travail ? » se sont-ils demandé, car celui que les jeunes veulent à l’unanimité c’est un travail qui les rende fiers, et dans lequel ils soient respectés. Ces jeunes venaient de différents milieux, avec des expériences diverses. Mais la majorité d’entre eux connaît des conditions de vie difficiles et, pour la vivre aujourd’hui, sait ce que l’exclusion du monde du travail signifie.

A partir de leurs réflexions, ils ont réalisé un livret, avec des photos, des témoignages, mais aussi le métier dont chacun rêve. Ce livret a été offert à Pierre Mairesse afin de lui faire comprendre l’important travail qui avait été effectué par les jeunes pour préparer la rencontre. Il a écouté les jeunes, s’est entretenu avec eux et, en feuilletant le livret reçu, s’est exclamé : «  Il aura une place de choix dans mon bureau. »

Dans chaque pays le même constat est fait : accéder à un travail est une chance. Une chance qui n’est pas donnée à tout le monde. Il faut avoir pu suivre une scolarité ou une formation avec des moyens permettant de la réussir.

Comment avoir ces moyens ? Que veut dire se battre pour l’égalité des chances, alors que nous vivons dans une société de plus en plus inégalitaire ? La misère n’est pas une fatalité ; elle n’est pas la conséquence du comportement de ceux qui la vivent. Non, il s’agit d’un problème structurel de notre société. Il faut réfléchir avec ceux qui la subissent pour comprendre quels doivent être les véritables moyens à mettre en place pour en venir à bout. On ne choisit pas de ne pas travailler. C’est cela, entre autres, que les jeunes ont affirmé devant M. Mairesse.

Le dialogue avec Pierre Mairesse et ses collègues s’est déroulé dans un climat de confiance. C’est dans cette ambiance qu’il a exprimé sa préoccupation d’avoir des contacts directs avec des jeunes. Nancy, de Belgique, dira après la rencontre : « Lui et nous, nous avons des langages différents, mais nous avons fait des efforts pour nous comprendre. » Chloé ajoute : « Nous sommes différents mais nous avons des choses en commun, notamment la volonté que tout le monde trouve sa place. »

Ceci a été un premier pas dans une concertation essentielle pour que chaque jeune puisse accéder à un travail. Cette rencontre entre des fonctionnaires de la Commission européenne et des jeunes qui refusent le gâchis humain qu’impose la misère est le signe d’une volonté de se rassembler pour lutter pour un monde pour tous.

Extraits du témoignage de Magdalena et de Karolina, de Pologne, sous forme de dialogue

M. Est-ce que les exigences du marché du travail ne sont pas trop rigides ?

K. Les jeunes n’ont pas toujours la possibilité d’obtenir un diplôme élevé parce qu’ils ont dû arrêter l’école ou par manque d’argent. En plus, on demande une expérience mais les stages que font les jeunes ne sont pas toujours reconnus par les patrons.

M. Est-ce que le soutien que les jeunes reçoivent est suffisant ?

K. Les organismes d’insertion devraient d’abord essayer de comprendre les jeunes. Même si ces organismes offrent aux jeunes des outils pratiques, par exemple de l’aide pour écrire une lettre de motivation, il se peut que les jeunes aient peur, à cause de leur vécu, de franchir l’étape suivante, par exemple, aller à une interview d’embauche.

M. Respecte-t-on le droit des jeunes en difficulté à choisir le travail qui les intéresse ?

K. Parfois, on leur propose un travail qui n’a rien à voir avec leurs ambitions et leurs passions. Quand ils le refusent, on dit qu’ils ne sont pas motivés à travailler et ils perdent, alors, leur droit aux allocations.

Pour nous, il est vital que la société reconnaisse le droit qu’a chacun de découvrir et choisir le travail correspondant au mieux à ses ambitions.

Rédaction collective