Interventions de militants Quart Monde lors du lancement de l’année européenne de lutte contre la pauvreté

Une coalition d’ONG (organisations non gouvernementales) pour l’année européenne 2010 a été constituée. Cette coalition est coordonnée par EAPN (Réseau européen de lutte contre la pauvreté). ATD Quart Monde en est membre. Le 19 janvier dernier, dans les locaux des « Petits Riens » à Bruxelles, la coalition a organisé une conférence de presse. Plusieurs associations européennes (EAPN, Feantsa, Eurochild, ENAR et EWL) se sont exprimées, ainsi que deux militants du mouvement ATD Quart Monde. Nous publions ici leur intervention.
Article posté le 21 janvier 2010 Print Friendly

Interventions de militants Quart Monde lors du lancement de l'année européenne de lutte contre la pauvreté

Contribution d’Yvette De Vuyst et d’Alain Schacht, militants Quart Monde.

La pauvreté est plus que jamais là. Et ce que vivent les personnes pauvres est de plus en plus dur. Pour nous, c’est la crise tous les jours depuis longtemps et c’est tous les jours que nous luttons contre la pauvreté.
Pour parler aujourd’hui, nous nous sommes mis face à plusieurs situations vécues par des personnes qui nous sont proches

Aujourd’hui vivre dans la pauvreté, c’est avoir des difficultés pour nouer les deux bouts parce que les revenus sont trop bas. Alors les familles doivent faire des choix. Elles vont donner la priorité pour nourrir les enfants, mais ne pourront pas payer toutes les factures. C’est comme ça que les dettes s’accumulent.

Il y a notamment les dettes de loyer, les factures d’énergie qu’on ne peut pas payer. Nous connaissons des familles qui, à cause de cela, ont dû déménager plusieurs fois dans l’année parce qu’elles n’arrivaient pas à payer le loyer et les charges. Toutes ces difficultés ont des répercussions sur la vie de famille. C’est source d’une très grande insécurité qui peut détruire la famille. Nous connaissons des enfants qui ont été placés à cause de cela.
Quand on parle de pauvreté des enfants, il ne faut pas oublier que les enfants ne sont pas pauvres tout seuls. Ils font partie d’une famille qui vit dans la pauvreté.

Je connais un père de famille. Il a cinq enfants. Avec ses revenus, c’est impossible de payer tout ce qu’il faut pour la famille. Alors il se débrouille. Il va en rue et ramasse les cannettes en aluminium pour pouvoir les revendre. Il essaie aussi de récupérer d’autres choses pour gagner un peu d’argent. Il le fait d’abord pour ses enfants, pour répondre à leurs besoins, pour qu’ils puissent aller à l’école. C’est d’abord pour nos enfants que nous nous battons car nous nous inquiétons pour l’avenir de nos jeunes.
Mais aujourd’hui, c’est difficile. Au niveau du chômage, il y a de plus en plus de contrôles.
Il y a de plus en plus de sanctions. Nous le voyons dans nos groupes, le nombre de personnes qui ont été exclues du chômage ne cesse d’augmenter.
A quoi mènent les formations qu’on nous propose. Nous connaissons un homme qui a fait plusieurs formations. Comme fossoyeur, comme déménageur, et bien d’autres encore. Jusqu’ici, on ne lui a jamais proposé de travail.

Malgré toutes ces difficultés, les gens n’arrêtent pas de se battre.
Dans une association comme la nôtre, des personnes qui vivent de grandes difficultés se mettent ensemble, parce qu’ensemble on est plus fort.
Ensemble, on essaie que les gens puissent se défendre et prendre la parole car souvent ils sont face à des personnes qui les comprennent difficilement.
Chacun peut trouver de la force pour faire face aux difficultés qu’il rencontre.
On se met ensemble pour défendre nos droits.
Pour lutter contre la pauvreté, il faut d’abord prendre en compte ce que vivent les plus pauvres, ce qu’ils pensent et ce qu’ils font tous les jours pour résister à la misère.

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Voir, en anglais, le compte-rendu de la Conférence de presse sur le site de la Coalition des ONG pour 2010 : http://www.endpoverty.eu/Press-Release-Social-NGOs-present.html