Haïti : la petite porteuse d’eau

Article de ’Partenaire’ n° 71, janvier-février 2011

Article posté le 28 février 2011 Print Friendly

Haïti : la petite porteuse d’eau

Il y a plus de 25 ans, alors que le Mouvement s’implantait en Haïti, son fondateur le père Joseph Wresinski exprimait sa vision du peuple haïtien : « Haïti doit pouvoir dire au monde la force d’un peuple au-delà de la misère qui l’entoure ».
Après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui frappa ce pays, des familles pauvres du Honduras, elles-mêmes privées de logement suite à l’incendie de leur maison, manifestaient leur solidarité dans le même sens : « Adelante pueblo amigo (en avant peuple ami) »...
Aujourd’hui plus encore qu’hier, le peuple haïtien vit dans l’extrême urgence. Et cette urgence nous interpelle, nous d’un Mouvement issu des bidonvilles de la région parisienne, né au cœur de l’urgence et qui envisage ses combats à partir de cette réalité même, dans une vision à long terme. A partir de cette situation d’urgence, quelle forme de solidarité pouvons-nous inventer au niveau du monde qui dise bien notre attachement à la Déclaration universelle des Droits de l’homme et notre refus du dictat de l’argent ?
Par la plume de Jean-Michel Defromont, volontaire-permanent parti soutenir l’équipe d’ATD Quart Monde sur place, une petite porteuse d’eau répond à sa façon :

« Une petite porteuse d’eau,
dont le seau fuit
vient s’asseoir parmi les enfants.
Les livres l’hypnotisent.
Plusieurs autour la pressent :
– Dépêche toi Espérance !
Tu vas perdre toute ton eau !
Elle : – Attends ! Attends !
Elle file porter son seau
puis revient aussi vite pour écouter Toussaint,
l’homme aux histoires d’ailleurs.
Tous ces messages du monde entier
qu’il est en train de leur montrer,
elle n’en gaspillerait pas une miette.
Au point que Toussaint la retrouve à la fin.
Comme c’est son tour de raconter, elle dit :
– Après le 12, mes parents
m’avaient envoyée chez ma tante Généreuse
dans les mornes [1].
Quand on a annoncé la reprise des écoles,
ils m’ont fait revenir à la capitale.
Depuis, j’ai été renvoyée
parce que je n’apportais pas les gourdes [2]
pour payer. 
Elle s’arrête, incline la tête,
hausse une épaule, puis sourit :
– Je ne peux pas aller à l’école,
mais je peux venir voir des livres.
Malicieuse elle ajoute :
– A l’école ils ont des leçons.
Ici, on a des amis. Dans plein de pays.
C’est toi qui nous l’as dit. 
Toussaint demande :
– Comment tu t’appelles ? 
– Espérance. 
– Espérance comment ? 
– République Espérance
. »

Ph : © François Phliponeau – ATD Quart Monde

Les Jeunes Haïtiens, comme leurs parents, subissent des conditions de vie très difficiles, mais ils participent très tôt à la vie de la famille et du quartier. Ici, un groupe d’enfants Tapori s’est joint aux adultes qui déblaient les restes d’une maison effondrée à la suite du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

[1Les mornes : les collines

[2Les gourdes : monnaie utilisée en Haïti