Faire cause communale

Editorial Partenaire N° 48 Mai/juin 2006

D’ici peu, nous serons invités à élire nos représentants communaux. Et la commune, dans notre pays, c’est la base de la démocratie et le premier lieu de la participation citoyenne. A la fois proche des habitants et largement autonome. C’est dire l’importance des élections qui se préparent, surtout pour les plus pauvres.
Article posté le juin 2006 Print Friendly

Se pose en effet d’emblée la question de leur place au sein d’une communauté locale. Posons-la crûment : Sont-ils ignorés, voire perçus comme des gêneurs dont on essaye de se débarrasser ? Comme si pour éradiquer la misère, il suffisait d’écarter ceux qu’elle défigure. Ne souhaite-t-on pas qu’ils restent cantonnés à l’extérieur de la cité, comme les lépreux du Moyen Age ou autres gueux indésirables que les prévôts chassaient à la tombée de la nuit ? Forment-ils, au contraire, la référence de toute politique et la mesure de la cohésion d’une commune ?

A l’entrée de certains immeubles privés, on peut encore lire « interdit aux colporteurs et aux mendiants ». Ailleurs, avec l’aide de gardes, certains propriétaires nantis s’associent pour ériger leur bien en forteresse inaccessible aux pauvres. A l’instar de ces propriétaires, les autorités locales détiennent de nombreuses clés pour ouvrir ou fermer leur territoire aux pauvres.

Là, on supprime les bancs publics pour empêcher les sans-abri de s’y reposer

Ici, un bourgmestre se vante de n’avoir sur le territoire de sa commune que quelques personnes bénéficiant du RIS, mais omet de dire que le CPAS fait tout pour décourager les demandes, allant jusqu’à ne pas les enregistrer. Et tant mieux si les demandeurs dépités tentent leur chance dans une autre commune réputée plus accueillante. Là, un CPAS a pour instruction de refuser systématiquement de payer les soins de santé aux illégaux, dans l’espoir que ceux-ci partiront ailleurs. Là encore, faute de pouvoir interdire la mendicité, le conseil communal vote la suppression de bancs publics, histoire d’empêcher les sans-abri de s’y reposer, sous prétexte qu’ils porteraient atteinte à la propreté ou à la sécurité du quartier.

Ici, on renvoie les mendiants par le train

Dans cette ville touristique, parce que leur présence détonne, la police a pour instruction d’appréhender les mendiants et de les renvoyer par le premier train. Ailleurs, les écoles communales adoptent une pratique élitiste en affectant les meilleurs enseignants aux écoles plus huppées. Et tant pis pour les élèves des écoles réputées « dures », majoritairement situées dans des quartiers défavorisés, qui trop souvent terminent sans diplôme, sans même savoir lire et écrire. Autre exemple et non des moindres : comment les sociétés de logement, souvent très proches sinon inféodées au pouvoir local, choisissent-elles entre la sauvegarde des équilibres financiers, et leur mission première de concrétiser le droit au logement garanti formellement par la Constitution ? A ce jour, aucune commune n’a osé mettre en œuvre un levier pourtant efficace pour loger en priorité les familles les plus précarisées : la réquisition d’immeubles inoccupés. Et pourtant la loi a été votée il y a plus de dix ans....

Mais nous pouvons influencer ces politiques

Tel est l’enjeu au quotidien d’une politique communale, essentiel pour que les plus démunis soient respectés dans leur dignité et leurs droits. Un exemple tout récent : dans cette même ville qui avait à l’époque supprimé les bancs publics, sous la pression d’associations, un échevin vient de s’engager à ce que les sans-abri soient enterrés dignement. Peu de choses peut-être, mais changement de regard quand même.
Les citoyens que nous sommes, peuvent influencer cette politique, par le vote bien sûr, mais aussi en interpellant les candidats, ou encore par une plus grande implication dans les différentes instances locales.

Georges de Kerchove.