Faim de culture

Editorial du n° 62, mars / avril 2009

Article posté le 29 avril 2009 Print Friendly

Faim de culture

«  Vous avez raison, l’homme ne vit pas seulement de pain… », disait un habitant d’un bidonville du Honduras à un animateur de bibliothèque de rue. Quelques heures auparavant, il l’avait insulté et avait voulu le chasser. Il lui reprochait de détourner les enfants de leurs petits travaux, à la recherche de quelques sous pour aider leurs familles à se nourrir, et de « leur ramollir le crâne »...

Plus que jamais, en cette période de crise, devant la pauvreté qui s’aggrave et s’étend, devant la dureté des temps où la nourriture et le toit ne sont plus assurés pour un nombre grandissant de personnes et des familles entières, même dans nos pays, il nous faut réaffirmer que tout être humain aspire à davantage que la satisfaction de ses besoins primaires. Ce qui le caractérise, c’est son appartenance et sa reconnaissance dans une humanité qui le dépasse, qui l’enrichit et qu’il enrichit ; c’est son aspiration à l’expression et au partage de ce qu’il a en lui de meilleur et de plus beau...

Ainsi, lors d’une Université Populaire Quart Monde à Bruxelles, une femme racontait que, dans une période de grandes difficultés et de solitude, elle peignait sur le mur de sa cave
avec des fonds de pots de peinture glanés au Vieux Marché. Elle expliquait comment cette activité créatrice lui avait permis de « tenir » ...

Les activités culturelles – de tous types – sont au centre de l’action d’ATD Quart Monde depuis sa fondation. Elles sont occasion de rencontre et de partage de création et d’humanité entre des personnes de tous bords, particulièrement des personnes vivant dans la grande pauvreté et des artistes. Le « Cercle Wresinski » de février et la longue histoire des « ateliers du jeudi » de la Maison des Savoirs sont témoins de la richesse de cette démarche.

Durant les dernières années, différentes initiatives privées et publiques ont vu le jour pour favoriser l’accès à la culture et aux loisirs de personnes défavorisées. Elles représentent un réel espoir de faire tomber avec elles les obstacles qu’elles rencontrent et qui ne sont pas seulement financiers. Et ce d’autant plus que des personnes de leur milieu s’engagent à leurs côtés, désireuses de partager la liberté et l’ouverture découvertes dans les activités culturelles.

Non, l’homme ne vit pas seulement de pain.

 

Dominique Visée-Leporcq