Les expulsés du Gesù (Bruxelles) - Témoignage

Article posté le 15 novembre 2013 Print Friendly

Les expulsés du Gesù (Bruxelles) - Témoignage

La Maison des Savoirs (ATD Quart Monde) et "La Ruelle" asbl proposent depuis plusieurs mois des ateliers artistiques aux résidents récemment expulsés du "Gesù" (Bruxelles).

Plusieurs membres qui participent à ces ateliers ont été très choqués par la manière dont l’évacuation s’est déroulée.
Les anciens habitants qui n’auront pas trouvé de solution (les plus vulnérables) se retrouveront de nouveaux à la rue dès le 15 novembre.

Le lundi 4 novembre à 5h30 du matin a eu lieu l’expulsion d’un des plus grands squat d’Europe, le Gesù à St Josse, Bruxelles. Depuis quatre ans, 250 à 300 résidents (essentiellement des roms et des maghrébins avec parmi eux au moins 80 enfants dont des bébés) occupaient ce bâtiment.

C’est jeudi 31 octobre en revenant de l’asbl la Ruelle où nous étions partis fêter Halloween avec une cinquantaine d’enfants du squat et aussi du quartier que nous avons appris la nouvelle. Sur les murs, la police avait affiché un ordre d’expulsion dans les 24h.

Pourtant les associations avaient obtenu du propriétaire que les résidents puissent rester à la condition de faire un effort au niveau de la salubrité des lieux. Mais là, l’ordre vient du maire qui, sous prétexte de trouble à l’ordre public et du danger pour ces habitants (pas de chauffage, électricité hors norme), met près de 300 personnes à la rue.
Au petit matin 200 policiers armés sont intervenus. Ils ont malmené les personnes présentes pour les soutenir et les habitants du squat encore présents, défoncé les portes et chargé tout le monde dans des camionnettes pour les emmener dans un gymnase pour identification. Il semble que certain étaient menottés. Ils ont dû abandonner toutes leurs affaires.

Les personnes sans papiers encore présentes, une dizaine, ont aussitôt été placées en centre fermé avant expulsion. Les autres ont été prises en charge par le Samu social jusqu’au 15 novembre en attendant de trouver des solutions de relogement. Mais quelles solutions quand on sait qu’à Bruxelles, il y a 2000 personnes sans abri ?

Parmi elles, plus de 700 sont à la rue faute de place dans les centres d’hébergement. Il y a aussi 38 000 personnes en attente d’un logement social malgré environ 30 000 logements vides.

Pourquoi les mettre dehors alors que l’on a aucune solution à proposer, que l’hiver arrive ? La commune et la région ont promis 20 appartements. Au 15 novembre, la Région a mis 12 logements à disposition pour 40 à 50 personnes. C’est évidemment bien en-dessous des besoins pour reloger toutes ces familles. Comment ces familles peuvent espérer un logement quand elles n’ont même pas droit à l’aide sociale ni accès aux aides au logement.

Pourtant malgré tout les problèmes réels que posait cette occupation on a pu constater un vrai effort des habitants à rendre les lieux plus propres ces dernières semaines pour satisfaire à la requête du propriétaire.
Le maire parle de prostitution de mineurs, de trafic de drogue, de la violence. L’expulsion n’a rien résolu : ni la prostitution, ni le trafic de drogue, ni la violence, ni le mal-logement. Par contre, elle a créé d’autres insécurités : la déscolarisation, l’inquiétude de trouver un toit... Ce n’est pas en déplaçant des personnes qu’on résout leurs problèmes. Mais qui vraiment veut encore d’elles ? Qui veut vraiment arriver à des solutions ?

Nous avons revu de nombreuses familles et personnes expulsées. Elles parlent des mauvais traitements qu’elles ont subi de la part de la police et des conditions indignes dans lesquelles elles sont accueillies. Tous sont inquiets de ce qu’ils vont devenir après le 15 novembre.

Les associations se mobilisent. Voir les communiqués de presse signés par Médecins du Monde, Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, Bruxelles-laïque, Ciré asbl. Voir aussi sur le site de l’ULM. Des actions se préparent pour réclamer que tout le monde soit traité dignement, que les promesses soient tenues, à savoir un logement pour tous.

Dernières infos :
- Au dernier recensement, le Gesù accueillait 211 personnes dont 85 enfants. Mais il
n’y a que 137 personnes au Casu.
- L’hébergement au Casu est prolongé jusque lundi et un hébergement sera proposé à 44 personnes. C’est moins d’un tiers du total des occupants en titre.