En Haïti, bâtir l’avenir au cœur de l’urgence... un défi !

Article posté le 7 mai 2010 Print Friendly

En Haïti, bâtir l'avenir au cœur de l'urgence... un défi !

Le 12 janvier : la terre d’Haïti tremble violemment. Les médias font largement écho au soutien international, soulignant, surtout durant les premiers jours, les gestes d’artistes, d’hommes politiques, d’intellectuels,... Par sa présence dans des zones de grande pauvreté dans le monde, ATD Quart Monde a pu recueillir les réactions de personnes qui connaissent la misère de longue date.

Aux Philippines, des membres du Mouvement écrivent combien ils pensent sans cesse aux amis d’Haïti. Ils savent ce que c’est de vivre dans un pays où, à tout moment, la terre peut trembler, le volcan se réveiller, les inondations détruire les efforts d’une vie.

En Irlande, Teresa dicte un message : « Je prie pour que vous retrouviez un toit au-dessus de vos têtes. Moi-même j’ai vécu dans la rue pendant trente ans. Gardez l’espoir, il y a forcément un espoir au bout du tunnel ». Toujours en Irlande, Jacqueline, qui a vécu tant d’années dans la rue, propose de donner un peu d’argent chaque semaine pour Haïti.

En Belgique, des familles très pauvres souffrent du placement de leurs enfants, ou le craignent. Entendant parler d’accélérer les procédures d’adoption, une maman disait : « Ce n’est pas possible. Pourquoi croit-on toujours que cela devrait être mieux pour ces enfants ici que chez eux ? »

En Espagne, un homme qui connaît toujours la vie dans la rue dit sa fierté de la solidarité de son pays avec le peuple haïtien. Il ajoute : « Il y a beaucoup d’argent. C’est bien, mais c’est dangereux en même temps. A qui cela va-t-il vraiment profiter ? Ce qu’il faudrait, c’est un grand mouvement comme chez nous après la guerre pour reconstruire le pays. Mais attention, chez nous après la guerre, la misère a quand même continué... Il faut qu’ils fassent mieux ».

Faire mieux, un véritable défi et comment ?

Un échange entre participants de l’Université populaire nous indique un chemin : « Que la reconstruction se fasse avec les plus pauvres, en lien avec les quartiers, les ONG locales implantées depuis longtemps ». Et un militant d’ajouter : « C’est vraiment important ! Il ne faut pas aller tout chambouler et, par exemple, aller reconstruire des maisons à leur place en imposant notre manière de faire. C’est les rabaisser et les détruire encore plus. Je souhaite qu’on tienne compte de leurs avis dans tout ce qui se passe ».

Et sur place, comment vivent les familles et l’équipe ?

En partenariat avec ACF (Action Contre la Faim) et grâce à la mobilisation de nombreux jeunes, l’équipe s’est investie dans le recensement des familles dans des quartiers très isolés et ayant mauvaise réputation. 4500 jeunes enfants pourront bénéficier d’un soutien sous forme d’aliments spécifiques. Un jeune qui a participé à ce recensement disait : « Je suis fier d’être d’un Mouvement qui va jusqu’en haut du ’morne’1 , pour essayer de voir s’il y a encore des familles qui y seraient cachées et isolées ».

En même temps, l’équipe organise des rencontres avec les adultes, les jeunes, les enfants autour de cette question : « Haïti, demain. Quel pays voulons-nous construire ensemble ? Quelles sont nos réflexions, nos idées, nos craintes, nos propositions d’engagements ? » Toutes ces réflexions ont été transmises lors de la conférence internationale des pays et organismes donateurs qui a eu lieu à New York fin mars, pour qu’elles soient prises en compte dans les politiques de reconstruction du pays.

Eugen Brand, délégué général du Mouvement International écrit : « L’équipe est très engagée avec les familles, sur deux fronts : faire face ensemble à l’urgence du manque de tout ; (...) permettre leur expression dans le cadre de la réflexion autour de la reconstruction du pays. Le défi auquel elle cherche à répondre ainsi au jour le jour est celui de vivre cela comme un tout, c’est-à-dire de bâtir l’avenir, de construire le long terme, au cœur de l’urgence vécue au quotidien. Dans tous les lieux où nous sommes engagés, c’est aussi cela notre défi. »

Bernadette Pinet