Coup de sang, coup de g…, coup de cœur

Article de ’Partenaire’ n° 72, mars-avril 2011

Article posté le 26 avril 2011 Print Friendly

Coup de sang, coup de g…, coup de cœur

Coup de sang

L’autre jour, un grand quotidien du pays [1] titrait : « La lutte contre la fraude au revenu d’intégration, un grand succès ». Et le journal de pointer de long en large les fraudes classiques des bénéficiaires du revenu d’intégration, le travail en noir, et surtout les fausses déclarations de domicile séparé pour pouvoir bénéficier du taux plus avantageux d’isolé (740,32€ par mois) au lieu du taux cohabitant (493,54€). Les gens, expliquait le responsable de la cellule anti-fraude du CPAS d’une grande ville, mentent le plus souvent sur leur situation familiale. Si un des partenaires a trouvé du travail, le couple se sépare brusquement.

Voilà donc les pauvres perçus comme des tricheurs potentiels, et en réaction le CPAS se mue en contrôleur avec des moyens accrus. Se donne-t-il également des moyens accrus pour permettre l’intégration des exclus ? On n’en dit mot. L’intégration serait-elle devenue un objectif secondaire dont il ne vaut plus la peine de parler ? Pire encore, on ne se pose même pas la question de savoir ce qui justifie un système qui pénalise les personnes voulant vivre en famille. Et on le remet encore moins en cause alors qu’à l’époque cet argument avait prévalu pour décider le décumul des revenus des époux, malgré l’impact budgétaire très important de cette mesure.

Coup de g…

Dans la foulée, je lisais un autre article d’un journal distribué gratuitement [2] intitulé : « Les finances des CPAS marquées par la crise ».
Les dépenses de transferts liées à l’aide sociale et les revenus d’intégration, pouvait-on lire, ont augmenté en Wallonie de 9,1% entre 2009 et 2010, et à Bruxelles de 12.3%. On ne dit pas comment vivent les bénéficiaires de l’aide, mais on précise ce qu’ils coûtent : 512€ par habitant en Wallonie et 794€ par habitant à Bruxelles.
Diable, cela fait mal au portefeuille, surtout à Bruxelles ! Ne pourraient-ils pas aller vivre ailleurs, ces fossoyeurs de budget, de surcroit de plus en plus nombreux en ces temps de crise !

Puis mon regard est tombé à la page suivante sur un article intitulé : « Record absolu pour le pardon fiscal ». En 2010, les Belges ont déclaré de l’argent noir au fisc via la procédure de régularisation fiscale pour plus de 700 millions d’euros.

D’un côté on contrôle, de l’autre on pardonne…

Coup de cœur

Puis, j’ai croisé Albert, un sans-abri qui galère depuis 17 ans en Belgique. Il est de nationalité française et puisqu’il n’a jamais été considéré comme un travailleur, il ne dispose d’aucun titre de séjour, tout européen qu’il est. En quelque sorte, sur le plan administratif, un touriste de longue durée, qui a pour hôtel la rue et pour revenu la manche. Avec pour conséquence de ne pouvoir en principe bénéficier d’aucune aide du CPAS.
Mais malgré tout, il se bat, contre l’insécurité de la rue, contre la déglingue personnelle et contre un racisme ambiant. « Les réfugiés de FEDASIL [3], on leur paye un hôtel ou un logement, et à nous pas. C’est pas juste, mais ce n’est pas une raison de leur en vouloir comme certains. Ils ont dû quitter leur pays, et rien que cela c’est dur. Ce qui n’est pas juste, c’est qu’il n’y ait pas de logement pour tous, et ça nous monte les uns contre les autres. Comme quand on fait la file pour les repas, s’il n’y a pas assez, les derniers bousculent les autres pour avoir leur part, on devient des concurrents les uns pour les autres, on ne peut plus être des frères ».

Ainsi, la sagesse d’Albert a donné un autre éclairage à ce que je venais de lire. Il m’a renforcé dans l’espoir que les choses pouvaient changer. Oui, il est possible de construire une société où chacun reste frère, mais il faut le vouloir, les riches comme les pauvres.

Georges de Kerchove

[1De Standaard du 22/23 janvier 2011

[2Métro du 27 janvier 2011

[3FEDASIL : agence fédérale chargée de l’accueil des demandeurs d’asile